Manon la gaffe.

Si t'es passé au pub cette semaine, tu t'es sûrement demandé pourquoi j'étais pas là. Vois-tu, vendredi dernier je suis sortie avec deux amis dans un bar voisin du mien. On a bu un pichet sur la terrasse pis au moment de rentrer en dedans, j'me suis dit que ça serait bien aimable de ramasser nos verres, faque c'est ça que j'ai fait. J't'apprends rien en te disant que le temps froid s'installe doucement, pis ça fait embuer mes lunettes quand je passe de l'extérieur à l'intérieur. Voilà donc qu'en rentrant, j'voyais pu rien, j'ai manqué une marche pis j'ai fait un vol plané avec atterrissage brutal... sur un des verres que je transportais. Je portais une p'tite robe pis des bas de nylon, je te laisse imaginer la suite.



Pendant ma chute, le temps s'est étiré. Dans la réalité, ça a pris une seconde. Dans ma tête, ça a pris plusieurs minutes. Le temps s'est figé, je me suis dit "Oh nooooooooon" au ralenti, je savais que ça allait faire mal. La gravité m'a écrasée au sol, crounch. La serveuse s'est approchée de moi et m'a demandé "T'es tu correct?!". J'lui ai répondu que j'pensais ben que oui, mais que j'allais me relever tranquillement au cas où ça serait pas le cas. Pis comme de raison, en me relevant, j'ai senti quelque chose de chaud couler sur ma jambe, jusque dans ma botte. J'ai flyé comme une balle me cacher à la salle de bain, je savais très bien que je venais d'me blesser, mais je savais pas encore à quel point. J'avais surtout mal à l'orgueil.


Rendue à la salle de bain, j'ai constaté que mon bas de nylon pis ma botte étaient tachés de sang, alors j'ai déchiré mes collants pour voir ce qui s'y cachait. PADAMMMM. Mon ami français lâche un "Houla ! Un chou-fleur !" et on se dit tous les deux qu'on va devoir terminer notre soirée à l'urgence. Le reste s'est passé ben ben vite. Pierre-Hugo est arrivé avec sa trousse de sécurité (ce gars-là était prêt, un genre de p'tit soldat de l'intervention, parfait d'un bout à l'autre) pis ses p'tits gants de latex. Je l'ai averti que c'était pas joli joli, pis y'a dit "Aweille, j'en ai vu d'autres". J'ai pas de coeur pour ces choses-là, ben j'ai trouvé quelqu'un du même calibre que moi.



En deux temps trois mouvements, j'avais la plaie ben strappée dans des pansements de compression. L'hémoglobine semblait sous contrôle, mais il a insisté pour qu'on m’appelle une ambulance. Il pouvait pas savoir que moi, j'me sentais bien, pis il a joué safe. Les ambulanciers étaient vraiment smattes pis après avoir pris et repris mes signes vitaux (tout était parfaitement normal, j'me répète, j'ai pas de coeur pour ces affaires-là), observé ma plaie dans toute sa splendeur et admiré l'excellente intervention de PH, ils ont simplement remis le pansement en place et m'ont fait promettre que malgré mon refus de transport, j'allais me rendre à la salle d'urgence dans les plus brefs délais. "Où voulez-vous que j'aille d'autre anyways, m'avez vous vu la jambe?!", ça prenait clairement des points de suture mon affaire, j'en étais consciente depuis le tout début.


À l'urgence, la p'tite patte dans les airs, un pogo à la main (toute s'endure mieux quand t'as de quoi dans l'estomac) je rigolais des diapos sur la constipation qui roulaient en boucle dans le seul écran fonctionnel de la salle. Cette nuit-là y'avait beaucoup d'overdose, faque j'ai attendu sagement mon tour pendant presque cinq heures avant de pouvoir voir le médecin. Elle était vraiment chouette, docteur Bédard, une sacrée bonne couturière en plus. Elle m'a laissé prendre des photos, a répondu à toutes mes questions et surtout, elle m'a permis de regarder son travail. Y'a rien de pire que de pas savoir ce qui se passe. Toute les douleurs sont beaucoup plus faciles à endurer quand je peux regarder, pis honnêtement, c'était vraiment très endurable.




Ça fait que vers 5h du matin, j'étais de retour chez moi avec mes douze points de suture. Dans mon lit, la jambe sur la glace on and off pour éviter que ça enfle plus j'me suis dit que j'étais chanceuse en tabarouette. J'aurais pu me fendre la face, me cogner la tête ou encore me faire une plaie directement sur le genou pis devoir être placée en atèle pendant un boute pour m'empêcher de plier ma jambe. En plus, je suis clairement tombée sur le meilleur secouriste de la ville. Calme, rassurant et une technique parfaite. Il m'a même permis de sortir par une porte cachée parce que mon orgueil avait aucunement envie de traverser le bar pis de voir le monde.


Ma chance ne s'arrête pas là. Le soir même, mon ami accompagnateur m'a pas lâchée. "J'peux tu avoir de l'eau?", "J'ai faim", "Me reconduirais-tu chez moi?". Le lendemain c'était pareil. Quand la nouvelle s'est répandue, mon cellulaire arrêtait pas de sonner. Tout le monde s'inquiétait, tout le monde voulait m'aider pis prendre soin de moi. Mon ami Pat est même arrivé avec un 2 litres de crème glacée au Rolo juste pour moi. Mes patrons pis le staff se sont serré les coudes pour remplir mes quarts pis les bons mots arrivaient de partout pour me souhaiter un prompt rétablissement. J'ai reçu beaucoup d'amour, de la visite chaque jour et beaucoup de support. J'ai pu me consacrer pleinement à ma convalescence, pis avec tout ce beau monde-là, c'était même pas plate.




Je vais plutôt bien. Ça fait 8 jours aujourd'hui pis j'arrive à marcher à peu près normalement. Bon, le seul hic c'est que j'endure pas mes pantalons, mais comme je sors pas trop de chez moi c'est pas un gros problème. Je profite de mon billet du jour pour remercier tous ceux qui m'ont soutenu et tenu compagnie, pis je remercie particulièrement trois mecs formidables. Pierre-Hugo du Sacrilège, sérieux manne tu kick-ass, si j'avais à me former un team pour survivre à une attaque de zombie, j'aimerais que tu en fasses partie. Dimitri, merci de m'avoir supporté toute la nuit à l'urgence et de m'avoir tenu compagnie, nos bonnes blagues de grippe aviaire et de constipation ont rendu ça presque agréable. Pat, merci d'être débarqué chez moi à la première heure avec d'la crème glacée, des pansements pis du whisky, tu sais comment plaire aux femmes. Un infirmier qui te sert à boire, c'est le gros luxe, j'espère que j'va en avoir un comme toi quand j'serai une vieille croûte dans ma maison de vieux.


J'ai vraiment hâte à mardi pour être de retour au travail. Entre-temps je reste bien sage et je prends soin de moi. Je me sens vraiment reconnaissante, ça aurait tellement pu être pire. Ma plus grande richesse, c'est clairement mes amis.


JE VOUS AIME.









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© 2016 Manon Choquette, alias la serveuse du Nelligan's