La zone 52 démantelée



Nos journalistes ont découvert qu'une zone d'expérimentation clandestine avait été établie cette année dans le quartier Saint-Sauveur de Québec. Les installations en question auraient servi à mener à terme un projet expérimental ayant pour but de tester des nouvelles drogues d'obéissance.


Ceux qui connaissent le secteur savent déjà que les crimes abondent et que nombreux sont les junkies qui s'y sentent chez eux. Selon toute vraisemblance, les agents du gouvernement américain en auraient profité pour installer un laboratoire de test pour leurs nouveaux produits.


"Je marchais dans la rue quand j'ai été intercepté par deux hommes tout de noir vêtus au volant d'une Impala noire. L'un d'eux est sorti du véhicule et a tenté de me faire entrer de force sur la banquette arrière en me saisissant par le bras.", raconte Jérôme Lemieux-Truchon, témoin clé de l'enquête en cours. "Ils avaient de beaux habits, mais j'ai eu la vivacité d'esprit de demeurer sur mes gardes quand même. Je me suis débattu de toutes mes forces et j'ai réussi à m'enfuir. En courant dans la rue, j'entendais le conducteur hurler à son acolyte "Aweille, pogne-lé avant qu'il aille raconter ça à du monde! Il va se sauver tabarnaque grouille-toé!", j'avais les jambes engourdies par l'effort, mais j'ai continué de courir en ligne droite jusqu'à ce que je ne puisse plus les voir. Ensuite, je me suis caché dans la cour arrière d'une résidence et quelques secondes plus tard, j'ai vu la voiture noire passer très lentement dans la rue. Il faisait noir, je n'ai pas pu relever le numéro d'immatriculation, mais je me suis tout de suite dit que c'était big".


Il raconte qu'il est ensuite sorti de sa cachette pour revenir sur ses pas et qu'à un certain moment, il s'est mis à entendre des gémissements. N'écoutant que son instinct, il a tenté d'en découvrir la provenance. C'est en pénétrant dans un immeuble à logement de la rue Napoléon qu'il a découvert des prisonniers en cages d'acier. Monsieur Lemieux-Truchon s'est immédiatement affairé à briser les cadenas qui retenaient les prisonniers, réussissant à en libérer 2 avant d'être alerté par des bruits de pas dans l'escalier. En s'enfuyant de justesse, il a été en mesure de contacter les policiers de la sûreté du Québec pour leur faire part de sa découverte troublante.




Nombreux sont ceux qui connaissent la zone 51, célèbre base "ultra-secrète" de l'US Air Force située dans le désert du Nevada et qui est liée aux nombreuses théories d'OVNIS ou aux conspirations suggérant des relations secrètes entre l'armée américaine et des extraterrestres. Cependant, bien peu de gens semblent connaître la zone 52, basée ici même à Québec.


Selon les récits des rescapés, il s'agirait d'un laboratoire expérimental visant à tester une substance qui permettrait aux agents de contrôler les faits et gestes des individus intoxiqués. "Tsé, moi j'fais la rue depuis que j'ai 14 ans. Quand les deux bonhommes en veston cravate se sont pointés dans le hood avec leur gros char, j'me suis dit que j'allais enfin pouvoir payer ma dose pis j'me suis laissée faire." Raconte une victime qui désire conserver son anonymat, craignant pour sa sécurité. "Vous pensez toute que c'est des extraterrestres que les MIB (Men in black) veulent vous cacher, mais ouvrez-vous les yeux, c'est juste des addicts qui errent avec leurs yeux creux, leurs faces blanches pis leurs longs bras maigres, perdus entre deux doses, complètement déconnectés de la réalité. Quand t'es gelé là-dessus tu te contrôles pu pantoute, tu pourrais faire n'importe quoi qu'ils te demandent juste pour avoir une autre dose."


Une autre victime qui a été placée dans un programme de protection des témoins raconte "La semaine passée y'en a deux qui ont manqué de s'échapper, les gardiens ont gunné le plus lent direct dans tête devant nous autres pour nous enlever le goût de nous sauver nous autres aussi. L'autre a été assez quick pour se sauver, ça faisait pas longtemps qu'il était arrivé y'était encore en forme lui, mais y'a mangé une balle dans jambe. C'est son corps que vous avez retrouvé dans le parc pas loin."


Monsieur Lemieux-Truchon ajoute "C'est atroce ce qu'on peut faire subir aux gens sur le dos de la science quand on est en quête de domination totale. Ils ont misé sur les junkies, les putes pis les clochards, ceux qui ne manquent à personne, ceux qu'on ignore, ceux qu'on ne croit pas. J'pensais jamais qu'une affaire de même allait arriver ici, à Québec. Moi je ne veux pas me cacher, je veux que tout le monde soit mis au courant pour qu'à l'avenir de telles expériences ne puissent plus être menées à terme. Les miséreux ne sont pas des rats de laboratoire!".



L'enquête en cours permettra d'en apprendre davantage, mais on estime déjà le nombre de victime à une quinzaine de personnes, toutes retenues captives dans un bloc bien connu des policiers pour les nombreux cas à problèmes qui s'y logeaient. "C'est plus facile de faire passer une chose comme ça inaperçue dans un secteur comme ici où les cas lourds abondent. Le voisinage est habitué de voir des toxicos errer dans le coin, c'était vraiment l'endroit parfait pour procéder." rapporte l'inspecteur en chef Olivier Biason, responsable de l'affaire.


"Nous suggérons à la population de demeurer sur ses gardes. La vigilance est de mise, ne vous laissez pas impressionner par l'apparence de ces criminels. Ce sont des hommes très dangereux", conclut monsieur Biason. Trois hommes et une femme seraient activement recherchés par les autorités. Aucune arrestation n'a été faite pour l'instant, mais nos journalistes suivent attentivement l'affaire.










© 2016 Manon Choquette, alias la serveuse du Nelligan's