Sans mot, sans titre.

Bien que je sois plutôt optimiste la majorité du temps (parfois ça frôle la naïveté), y'a des semaines qui me rentrent dedans l'Humain à grand coup de pelle dans face. Pire que ça, y'a des semaines qui me rentrent pas juste dans l'Humain, (pis sans vouloir faire de jeu de mot poche) y'a des semaines qui me rentrent dedans la Femme, sans consentement et sans tendresse. Une poignée de sel en guise d'introduction. Du sel, c'est abrasif en viarge, qu'on se le dise.




C'est pas facile d'être une femme pis même si c'est peut-être ce qui nous rend si fortes, c'est loin d'être nécessaire de vivre autant de drame pour être fort. Y'a des fois où ce qui nous tue pas nous rend quand même plus mort (merci Avec pas d'casque pour ces sublimes paroles). Que je fasse partie des chanceuses (et je le sais, rassure-toi) ne m'empêche pas de me sentir profondément empathique envers celles dont le sort est moins moelleux.


Cette semaine y'a dix grands connards accompagnés d'une femme préhistorique qui ont décidé avec toute la puissance réflexive de leur phallus (parce que clairement, une décision comme ça, ça ne vient pas du cerveau) que l'avortement médical en Alabama ne serait plus un droit, faisant régresser le statut tout entier de la femme sensiblement au même (piètre) niveau qu'ailleurs dans le monde (en Syrie ou au Guatemala, par exemple). Bien que les conditions de vies soient différentes ailleurs, c'est tout aussi aberrant que les habitantes de certains pays du monde n'aient pas le libre arbitre de leur propre reproduction.


"Si on écoutait les opposants à l'avortement on tricoterait des brassières aux spermatozoïdes. " Guy Bedos


La nouvelle (c'est fou que la nouveauté soit aussi archaïque) loi qui est passée ne sera toutefois appliquée qu'à la fin de l'année 2019. À ce point, un médecin pratiquant un avortement pourrait se retrouver en prison, même s'il s'agit d'une grossesse accidentelle, à risque ou non-désirée ou pire, du résultat d'un viol. Les femmes n'auront donc plus d'option légale et sécuritaire s'il advenait qu'elles se retrouvent enceinte sans le vouloir. Un tel retour en arrière est selon bien des gens (moi, toi, nous autres) inconstitutionnel. Voyons donc la gang, kessé qui marche pas dans votre tête? Le système reproducteur féminin n'est pas une affaire d'État. L'État ne devrait jamais avoir d'emprise dans la chambre à coucher des gens. Je manque de mot (tabarcrisse) tellement ça me fâche qu'encore aujourd'hui, un paquet d'hommes aient le droit de régir ainsi l'utérus et pire encore, qu'on les laisse faire.


"D'après certains catholiques, la pilule du lendemain, c'est déjà un avortement. Et un coup de pied aux couilles, c'est le début d'une IVG?" - Laurent Ruquier


Gardez vos prières loin de nos ovaires. Ce qui est d'autant plus moche avec tout ça, c'est que ça affecte les gens qui sont le plus dans le besoin, les plus pauvres. Celles qui n'ont pas les moyens de se procurer la contraception nécessaire ou celles pour qui il est impensable de changer d'état pour obtenir une intervention médicale légale et sécuritaire. Ce sont ces femmes qui en plus de toutes les embûches sur leur route, se retrouveront avec une bouche supplémentaire à nourrir. Si les hommes pouvaient tomber enceinte, je suis convaincue que jamais on aurait ce genre de débat.



Entre ça pis les récits (ou expériences personnelles, malheureusement) d'hommes qui ne comprennent pas le refus ni le principe de consentement, j'ai l'goût de crier. D'hurler, dis-je, du plus profond de mes entrailles, d'où je devrais être la seule à avoir le droit de décider ce qui se passe.


À tous ceux qui décident d'avoir des enfants, enseignez-leur qu'on est maître de son propre corps, homme ou femme, et que personne d'autre ne devrait avoir le dernier mot sur ce qu'on décide de faire avec. Mon corps, mon choix. Un non c'est un non et qui plus est, tout ce qui n'est pas un oui est un non potentiel. Je suis dégoûtée qu'on doive encore se le répéter collectivement, mais ça c'est un autre débat...








© 2016 Manon Choquette, alias la serveuse du Nelligan's