Inventer des mots

La langue française est si riche qu'elle nous permet de nous exprimer tout en nuances. Malgré tous les mots mis à ma disposition, il m'arrive parfois de ne pas trouver avec exactitude le mot qui me permettrait d'exprimer réellement une situation ou un sentiment. Dans ce temps-là, j'me bâdre pas. J'invente.


Amourtié. Ça, c'est comme de l'amitié avec un exposant, mais c'est différent de l'amour. Pour être amourtieux ou amourtieuse de quelqu'un, il faut que tu aimes vraiment beaucoup, que tu penses à lui/elle chaque jour, mais que malgré tout ça, tu n'aies pas d'attirance physique. C'est comme de l'amour sans sexe. Dans le fond, c'est un peu comme d'être marié (désolée, elle était trop facile fallait que j'la sorte).




Tabarcrisse. Ça, c'est quand un seul sacre ne suffit pas à exprimer toute la douleur ou la rage que t'as en dedans. C'est le genre de gros mot bonifié que tu peux sortir quand tu te pètes DEUX orteils sur le coin du lit, par exemple. Tu peux aussi l'utiliser comme verbe quand quelqu'un te fait vraiment chier pis que t'as juste envie d'y tabarcrisser une claque en arrière dla tête. De rien.


Qualifaute. Ça, c'est quand t'as un défaut, mais que c'est tellement cute que ça devient attachant et que ça frôle la qualité. Par exemple, la maladresse. Y'a des gens beaucoup trop maladroits, mais beaucoup trop mignons. Ils ont beau avoir des défauts, ils sont tellement fondamentalement bon que ça devient presque des qualités. Ça rend les gens uniques et mémorables, ça fait partie de leur personnalité et ça a beau être non-désiré, c'est pas pour autant non-souhaitable.




Wawanice. Une coche au dessus du "wow" ou du "nice", c'est une combinaison des deux. C'est franchement épatant et surprenant, dans le sens de magnifique. L'art, par exemple, c'est wawanice. C'est pas quelque chose qui peut être accompli par n'importe qui ou à n'importe quel moment. C'est quelque chose qui ne peut pas être répété ou reproduit, c'est quelque chose d'authentique.


Snaccident. Ça, c'est quand tu passes à travers un sac de chips au complet alors que tu t'étais dit que t'allais en manger juste un p'tit peu. Tu feel cheap, ton corps t'en veux, mais tu continues de te dire que c'était pas de ta faute parce que c'est arrivé tout seul. Oupsi ! Notez que ça peut aussi bien s'appliquer à une boîte de chocolats, un plat de frites, ...




Snatchident. Recoucher avec son ex. Okay, j'pense pas que celle-là a besoin d'explication supplémentaire, messemble que c'est clair.


Introspectude. Quand t'as besoin de temps pour toi, que tu sais plus trop où t'en es, que tu dois à la fois t'étudier pour savoir ce qui t'arrives, mais que tu dois le faire en toute solitude parce que les gens autour de toi interfèrent avec le fil de tes pensées. C'est comme de s'être un peu perdu et de faire la démarche pour se retrouver.


Partiment. Ça, c'est un mélange de deux sentiments opposés et puissants mais partagés de manière si égale que t'arrives pas à savoir lequel domine l'autre. Par exemple, quand tu déboules l'escalier mais que tu ris parce que c'est drôle. T'as mal, ben mal, mais tu ris au lieu de te plaindre parce que ça sort tout seul. Ça s'applique aussi au moment où t'es en colère après quelqu'un que t'aimes vraiment, que tu veux lui arracher la tête mais que tu sais très bien que ça va être passé dans cinq minutes parce que c'est pas de sa faute pis que tu l'aimes beaucoup...




Gueule de toi. Ça c'est quand t'as viré une bonne grosse brosse (gueule de bois), mais que t'as fait une rencontre sublime qui te donne toute l'énergie nécessaire pour passer à travers le réveil difficile. Tu peux te lever tôt parce que les souvenirs sont tellement beaux que tu te fiches bien d'avoir un peu mal à la tête, ça valait amplement la peine. Les quelques heures de sommeil que t'as eues suffisent, pour une fois. C'est mon lendemain préféré. On pourrait aussi l'appeler "Hungbonheur", ça ferait la job.


Nurité. Ça c'est quand tu te mets tout nu devant quelqu'un. C'est plus que de la nudité, c'est plus que de la vérité. C'est autre chose, c'est de la nurité. Tu exposes pas juste ton corps, c'est ton âme qui transparaît. Tu es 100% vulnérable, mais 100% toi-même, pis c'est ça qui est beau là-dedans. Tu ne peux simplement pas mentir, on te voit à travers.




Pulsaction. Quand tu t'endures pu, que t'es pu capable de retenir quelque chose que tu gardais en dedans de toi jusqu'ici. Quand tu sais que tu devrais te taire et ne rien faire, mais que c'est plus fort que toi, tu agis et tu t'exprimes quand même. Le genre de truc incontrôlable et incroyablement libérateur, mais culpabilisant quand même.


J'espère que j'ai quelques lecteurs qui partagent mes délires linguistiques, qui sait, peut-être qu'un jour ça va se retrouver dans le Larousse ;)


Bonne journée, profite bien du soleil xxx







© 2016 Manon Choquette, alias la serveuse du Nelligan's