Le lièvre et la tortue.

Je suis assise sur le balcon, les pieds sur une chaise, mon laptop sur les genoux. Je suis bien emmitouflée dans une couverture. Le soleil me fait des p'tits salut de temps en temps, son timing est bon il se pointe le nez juste au bon moment, quand je commence à frissonner. Ma best m'a apporté un cocktail, soda citron. J'ai même pas eu besoin de lever mes fesses. Ce weekend, moi pis mes chums, on s'est loué un chalet en bois rond dans le coin de Portneuf, pis j'me trouve chanceuse.




Y'a des journées comme ça où j'me trouve particulièrement chanceuse, tsé, vraiiiiment chanceuse là. Je suis entourée de gens que j'aime et qui (je pense, non je sais) m'aiment aussi, j'ai de quoi manger chaque jour, même que souvent j'me paye du luxe pis je mange comme une bourgeoise, pis surtout j'suis en pleine forme et lucide pour bien en profiter (bon okay, tu te doutes que si on s'est loué un chalet pis que je bois du soda citron au lieu d'une coupe de bulles en plein après-midi, c'est pas nécessairement parce que je suis siiii en forme que ça, mais je suis certaine que tu comprends l'idée).


J'ai vu un lièvre passer sur le terrain ce matin pendant que je buvais mon café. Y'était beau dans son manteau gris avec ses grands springs au lieu des pattes. Je l'ai suivi des yeux dans sa course, pis j'ai remarqué qu'il avait pas trop l'air de savoir où il s'en allait. Y'avait pas trop l'air de savoir, mais ça avait vraiment pas l'air de le déranger. J'me suis demandé à quoi il pensait. Sans trouver de réponse. Qu'est-ce qui peut bien occuper l'esprit d'un animal qui ne s'arrête jamais?




Je me suis trouvée d'autant plus chanceuse d'être là, immobile, à le regarder. J'ai besoin de ça, m'arrêter pour contempler ce qui m'est offert. C'est un mode de vie, pis même si des fois je cours, j'ai toujours besoin de m'arrêter. Je suis comme le lièvre ET la tortue, j'ai besoin des deux.


Y'a quelque chose qui me vient en tête souvent quand je prends le temps de m'arrêter. J'ai beau savoir que je suis ultra-chanceuse et apprécier tout ce qui m'est offert, ces moments-là sont toujours un peu culpabilisants. Chaque fois, j'me met à réfléchir à tous ceux qui n'ont pas ma chance. J'aimerais donc ça que tout le monde puisse avoir un aussi beau décor devant les yeux, un aussi bel entourage pis des démonstrations d'amour quotidiennes et sincères. J'aimerais donc ça que tout le monde puisse se sentir comme je me sens présentement, pis plus que ça, j'aimerais que ça soit de même en tout temps. Messemble que ça nous ferait une bonne vie.




J'aimerais ça pouvoir remplir des p'tits doggy bags pour les coeurs avec toute l'over qui me sort par les yeux. J'aimerais ça pouvoir être là pour te prendre la main à quatre heure du matin quand tu pleures tout seul dans ton lit parce que la vie t'a brisé, pis sortir un petit sac à lunch pour nourrir ton âme affamée. J'aimerais ça partager toute la lumière qui me fend l'esprit pour chasser toute la noirceur qui s'étend dans le tien. J'aimerais ça pouvoir t'inviter à ma table mentale pour te remplir la bédaine de love quand t'as faim. J'aimerais ça partager ma bouteille de bulles de légèreté avec toi.


L'amitié est la seule chose qui multiplie les plaisir tout en divisant les peines, pis pour ça, je remercie sincèrement les potes qui sont en train de me faire à déjeuner pendant que j'écris ces lignes. Tu peux considérer que ces lignes sont ma boîte à lunch, pis que le lunch, je le partage volontiers avec toi.


Much, much, muuuuuch love.







© 2016 Manon Choquette, alias la serveuse du Nelligan's