Toc toc toc.

Au Nelligan's, comme on travaille parfois seul, parfois en équipe, c'est important de savoir s'adapter à la manière de faire des autres. On s'approprie tous notre environnement de travail, ça nous rend plus performants. Je pense que c'est naturel. Je ne suis pas la seule, d'ailleurs. Y'a un moment, j'avais un collègue qui me faisait bien rire. Il était particulièrement structuré dans sa façon de contrôler son environnement, les choses devaient être à leur place en tout temps, sinon ça le dérangeait. Jamais il nous faisait chier avec ça, mais ça se voyait que ça le dérangeait. Dès son arrivée en poste au changement de quart, il passait ses premières minutes à replacer méticuleusement tout le matériel à sa juste place, au centimètre près. Je l'ai souvent vu aligner les piles de sous verre pour qu'absolument rien n'en dépasse. Tsé, le genre de gars qui oriente ta salière pis ta poivrière dans le même axe que les pyramides maya quand il vient chez toi prendre une bière (allô Gwi! hihi!).




Moi aussi, j'en ai des petites obsessions. Je travaille souvent toute seule alors évidemment, j'ai développé des habitudes. Dès que j'ai deux minutes de lousse, j'essuie le comptoir. Des fois y'a rien pantoute dessus, mais je l'essuie quand même. J'ai même inventé le jeu le plus plate de l'univers pour arriver à le faire plus efficacement. Si t'as déjà passé quelques soirées installé au comptoir, tu dois m'avoir entendu dire "Okay gang on joue à un jeu, à go tout le monde lève son verre pis je lave le comptoir, GO!". Quand je suis cliente, ça m'énerve vraiment beaucoup d'avoir les bras ou les manches qui trempent dans le jus, pis on dirait que je fais de la projection sur mes clients.



Quand j'ai rien à faire, je vais faire un tour de salle. Des fois y'a personne en arrière, pis j'va faire un tour pareil. J'me trouve toujours un peu débile rendue de l'autre côté, debout, personne autour, mais ça se fait machinalement. Un bon serveur, quand ça a rien à faire, ça s'inquiète parce que c'est pas normal. On grouille toujours comme des petites fourmis et quand ça se calme, c'est comme si notre cerveau nous envoyait un avertissement : Y'a quelque chose qui cloche, bouge-toi.


Dans l'attente, me vient toujours l'impression d'avoir oublié quelque chose. Encore une fois, mon cerveau trouve ça anormal de ne pas avoir de commande en cours, alors il me laisse planer un doute. C'est pas normal que t'aies rien à faire la grande, tu dois avoir oublié quelque chose, que j'me dis.



Quand j'ouvre une nouvelle bouteille et que j'y installe un bec verseur, je m'assure qu'il soit installé à 8h (pas en référence au temps, mais plutôt en référence à son emplacement physique sur le cadran d'une horloge, à l'angle dans lequel il s'oriente) pour qu'en saisissant la bouteille de ma main droite, je n'aie plus qu'à l'incliner pour que ça coule. Comme on place toujours les étiquettes bien en vue, ça permet d'être beaucoup plus efficace, pas besoin de vérifier le bec verseur à chaque fois qu'on prend une bouteille. Par contre je plains les gauchers qui travaillent avec moi, leur vie doit être aussi pénible qu'un upside down world dans The Stranger Things. Sorry guys.



J'ai aussi une autre obsession. Après un rush, dès que j'ai du temps de libre, je repasse toutes mes tables ouvertes en détail pour être sûre de ne rien avoir oublié et pour que tout soit à la bonne place. Après une bombe, je peux repasser littéralement toutes les factures ouvertes, ligne par ligne. Ça m'apaise. C'est comme une façon d'être certaine que je suis en contrôle. Pis sans être une control freak, quand je me sens en contrôle, ça fait toujours du bien.


T'es serveur ? En as-tu toi des petites obsessions ? Partage, quand on se compare, on se console !


Bon dimanche l'ami.








© 2016 Manon Choquette, alias la serveuse du Nelligan's