Vider la place

Y'a des semaines pires que d'autres, au bar autant qu'ailleurs. Cette semaine, le Nelligan's a été vraiment très gâté côté cas lourds et invasions de weirdos.


Que tu sois weird, ça me dérange vraiment pas. J'en sers tous les jours des originaux, pis limite, je trouve ça divertissant. Ça fait changement du monde un peu trop carré, ça apporte de la couleur pis ça change de la routine. Cette semaine par exemple, j'ai eu l'impression que l’hôpital psychiatrique Robert-Giffard avait eu besoin de libérer une couple de lits pis avait tout bonnement décidé de relâcher du monde clairement pas prêts à sortir. Pire que ça, j'ai eu l'impression qu'un autobus les avait tous lâché lousse devant le 789 côte Sainte-Geneviève, direct en face du bar.




À travers le dude qui se prenait pour un dragon et voulait tuer tout le monde, y'avait aussi la fille qui se promenait de table en table en buvant dans les pintes des clients qu'elle connaissait pas pis le monsieur qui tapait ben fort sur le bar, off tempo, en exprimant tout aussi fort ses valeurs bien fermées au sujet du développement du Québec et des "immigrants" (j'le met entre guillemets celui-là, parce que de ce que j'ai compris du discours, il est fort probable que ce soit simplement des gens de couleur, pis ça veut pas nécessairement dire immigrant dans ma tête à moi).




Une semaine sportive, quoi. Je t'ai même pas tout raconté, y'a des affaires qui se disent même pas. J'ai l'impression qu'un train m'est passé sur la cervelle tellement ça m'a brûlé de devoir gérer tous ces déviants-là. Je remarque que j'ai pas nécessairement les skills pour intervenir de façon optimale en tout temps, pis même si j'y mets tous les efforts du monde, ça m'affecte vraiment beaucoup. La violence, qu'elle soit verbale ou physique, ça me tue. J'ai beau savoir que ce sont des gens malades, ça me dépasse complètement. J'ai pas ce morceau-là en moi, le morceau qui veut faire le mal, pis de savoir qu'il y a des gens qui l'ont, pis qui le laissent s'exprimer, ça me chamboule.


J'admire les professionnels qui se tapent ce genre de cas à la semaine longue. Les infirmiers, les policiers, les intervenants, et tous les autres individus "wow" qui souvent travaillent dans l'ombre pour contenir les esprits fêlés. Faut être fait fort en tabarnouche pour se consacrer aux soins des personnes en difficulté et en faire sa vie. Franchement, chapeau, vous êtes des héros. Je vous admire d'autant plus que vous ne demandez rien à personne, pis contrairement à moi, vous ne vous plaignez pas sur votre blogue.




Si tu as un super-héro discret dans ton entourage, profites-en donc pour lui dire combien tu l'admires. J'pense qu'on le dira jamais assez.


Je profite du weekend pour m'enfermer à double tour et éviter tout contact humain risqué. Si tu me cherches, je suis enroulée dans une couverture, sur mon sofa, devant Netflix, pis entre toi pis moi, j'pense pas changer de position avant encore un bon 24 heures. Faut que je rétablisse mon équilibre interne, on dirait que j'me suis fait violer l'âme.




















© 2016 Manon Choquette, alias la serveuse du Nelligan's