Reconnaître un inconnu.

Mon travail implique de croiser des nouveaux visages au quotidien. Plus souvent qu'autrement, ces visages vont et viennent, solitaires ou accompagnés, mais ne marquent pas nécessairement ma vie de manière significative. Des clients génériques, c'est pas négatif du tout, je vais reconnaître leurs visages s'ils reviennent, j'offrirai un service courtois et de qualité (parce que je ne sais que faire d'autre), mais je ne ressentirai pas de décharge électrique à leur rencontre. Par contre (pis tu peux me qualifier de weirdo), une fois de temps en temps, on dirait que je reconnais des gens que je ne connais pas. Des gars et des filles avec qui j'ai envie de connecter, et ça n'a rien a voir avec la séduction. Y'a des gens qui font naître en moi l'envie d'approfondir le lien qui nous unit et d'éliminer celui qui nous séparait jusqu'ici. Y'a des gens vers qui je suis tout de suite attirée, des gens que j'ai envie de connaître plus, sans aucun motif apparent si ce n'est que la profondeur de la lumière cachée derrière leur sourire et qui me fait miroiter des possibilités infinies.




C'est ainsi que chaque année, j'apprends à connaître de nouveaux humains que je ne reverrai pas forcément. Tu vas me dire que c'est de l'énergie gaspillée, mais moi je pense au contraire que c'est très bien investi. Le monde est petit comme on dit, pis on sait jamais quand est-ce qu'on va retomber sur quelqu'un qu'on connait quand on en a besoin. Il faut dire que c'est plutôt facile pour moi d'aller vers les autres parce que la barrière du premier contact n'est pas aussi difficile à franchir que pour d'autres. Ça fait partie de ma personnalité, j'aime ça le monde, j'en ai besoin, c'est ma dope.



On a beau chialer contre les réseaux sociaux, s'il y'a une chose cool que ça nous apporte, c'est bien la facilité de garder contact avec les gens. Autant ça peut nous éloigner des autres quand on en fait mauvais usage, autant ça peut nous servir de moyen de communication efficace à distance. Encore faut-il respecter quelques règles rudimentaires.


Premièrement, il ne faut pas s'en vouloir si on ne communique pas pendant un moment. Ça ne veut absolument pas dire qu'on ne pense pas les uns aux autres. Ce n'est pas parce qu'on se parle moins qu'on ne s'aime pas beaucoup plus. Ça veut juste dire qu'on laisse la vie nous apporter ce qu'elle a à offrir sur le moment, apprendre à vivre au jour le jour, c'est tout un art. Tu peux donc te dire que si je ne t'ai pas écrit depuis un moment, c'est simplement parce que je vis, et ça ne signifie en rien que je ne pense pas à toi. Pis tsé, si t'as envie de me parler... ben écris-moi, je vais te répondre ;)



Il faut mettre la jalousie et l'envie de côté. Nous nous ferons de nouveaux amis, nous vivrons de nouvelles expériences, elles seront belles ou laides par moment, mais nous vivrons. Il faut accepter que la vie continue, avec ou sans nous. Les reproches sont évidemment à proscrire. Non seulement ils ne servent à rien, mais en plus, ils nous éloignent. La vie est trop courte pour se faire chier, regarde en avant si c'est par là que tu veux aller, sinon tu vas rester pogné dans ton rétroviseur. Parlant de rétroviseur, souviens-toi que ce que tu y vois est plus proche qu'il n'y paraît.


(Je partage avec toi un joli souvenir : Deux touristes débarquent, visiblement affectés par l'alcool. Ils prennent une dernière bière avant d'aller manger. Ils sont drôles, on rit, puis il me vient une idée... )




À ces deux premières règles s'ajoute celle-ci : Quand y'a de la gêne, y'a pas de plaisir. Si on ne parle pas la même langue, par exemple, ça complique les choses. Souvent, le problème c'est pas le manque de mots pour dire ce qu'on veut dire, mais la gêne de se tromper et la peur d'être ridiculisé. Fuck toute. Si une erreur survient, t'auras juste à en rire. C'est universel, le rire. Tu peux rire dans toutes les langues, t'es polyglotte du rire manne, faque tu peux partager ta bonne humeur sans retenue, sois pas gêné. Tu peux même essayer d'apprendre des nouveaux mots que tu oublieras (ou pas) dès le lendemain. C'est toujours hilarant de râler d'la marde dans une langue que tu connais à peine.


(Je partage avec toi un autre souvenir : J'ai recontré un australien pas mal cool cet été, pis je lui ai appris des belles choses, tsé)



C'est ainsi que j'ai ajouté à mon vocabulaire quelques mots en hébreu, du russe, de l'allemand, de l'espagnol, du créole et fort probablement d'autres trucs que j'ai oubliés. J'te dis pas que ça va me servir prochainement, mais je peux te certifier que c'était de beaux moments de partage.


Je m'égare un peu, mais ce que je voulais te dire aujourd'hui, c'est que je pense à toi. Qu'on se soit vus une fois ou qu'on se soit côtoyés pendant des années, si nos chemins sont désormais séparés, sache que je pense encore à toi souvent. Que ça soit le travail, la distance ou simplement la vie qui nous a séparés, certaines choses me font encore penser à toi pis je t'oublierai jamais.




J'ai eu envie d'écrire ce billet parce que la semaine dernière, j'ai reçu un message d'un musicien que j'ai rencontré lors de son passage à Québec il y a cinq ans. Il était tout surpris de constater que je me souvenais encore de lui et pour ma part, j'étais bien surprise qu'il pense que j'aie pu l'oublier.


À mes yeux, les humains sont la plus belle richesse de ma vie. Salutations au passage aux lecteurs de mon blogue qui se déplacent parfois pour venir me rencontrer. Chaque semaine m'apporte son lot de nouveauté et c'est toujours flatteur d'entendre "Je suis venu parce que je suis ton blogue, j'avais envie de te voir", ça me va droit au coeur, merci de m'envoyer autant d'amour!






© 2016 Manon Choquette, alias la serveuse du Nelligan's