Voyage Voyage

Guess what, me suis booké des vacances. J'arrête pas d'y penser. J'ai hâte d'avoir les fesses bien installées dans mon banc pis de quitter le sol. J'te l'ai peut-être déjà dit mais j'adore ça prendre l'avion. J'aime particulièrement le décollage, le bruit des moteurs qui grondent, la prise de vitesse et le moment où la force t'écrase tout entier juste avant de quitter enfin le sol. Dans les airs tout s'apaise, les oreilles me bloquent, je n'entends plus rien, je ne contrôle plus rien, carpe diem viarge. C'est toujours à ce moment exact que je décroche totalement. Y'a des gens que ça fait angoisser de ne plus rien contrôler, moi, ça me fait lâcher prise pis enfin, je relaxe.




Avant d'embarquer dans l'avion c'est une autre histoire par exemple. Les aéroports me font suer. Faut arriver trop d'avance pis une fois le contrôle de sécurité fait, y'a toujours une longue attente. Pendant ce temps-là, j'aime bien observer les gens autour. D'une fois à l'autre c'est à peu près la même chose. Y'a des stéréotypes de voyageurs qui dominent l'ensemble et qu'on remarque plus, je trouve.


(Je te partage mes observations, mais dis-toi que le sexe des individus décrits est transférable, je tenais à te le préciser)


Y'a la bitch qui chiale après son chum et/ou ses enfants sans arrêt. Tsé, elle a gère tout le monde, même si ledit tout le monde est bien à son affaire. On dirait qu'elle est jamais contente, j'suis sûre que des vacances avec elle c'est pas reposant pantoute. Non seulement elle se fâche à rien, mais elle se fâche en mode "je fais un show" pis tu peux pas la manquer. Même si c'est malaisant pour sa famille pis pour les autres autour, c'est plus fort qu'elle on dirait.




Le pas propre. Tu sais pas trop si c'est parce qu'il arrive de voyage pis qu'il a manqué de vêtements en cours de route ou ben si c'est de même à l'année, mais une chose est sûre, tu le sens quand il s'approche. Cheveux en bataille, tache de moutarde sur le chandail, pantalons aux cernes douteux... T'espères juste qu'il sera pas assis direct à côté de toi.


La perdue qui laisse ses valises partout. Ils ont beau répéter aux 15 minutes dans l'intercom qu'il ne faut pas laisser ses bagages sans surveillance, y'a quand même une valise qui traîne depuis une bonne heure près d'un banc désert quand tout à coup, quelqu'un arrive au pas de course pour la récupérer. Je comprends pas comment on peut avoir une seule valise et ne pas s'apercevoir quand on ne l'a plus avec soi.




Le retardataire. Il court, il court, il court. Il arrive au comptoir pis il saute un plomb au commis parce qu'il a raté son vol... Moyen moineau, ça doit pas être facile à gérer au quotidien.


Le fat ass qui prend toute la place. Je sais, c'est pas gentil gentil, mais je me suis déjà tapé un James Bond en espagnol juste parce que le bourrelet du passager d'à côté de moi avait englouti le bras de mon banc qui contenait les réglages du son pendant un vol de 6 heures. J'avais d'ailleurs dû faire une sieste sur ma tablette à repas parce que quand je m'adossais correctement dans mon banc, tout mon côté droit était en contact avec son côté gauche.




La fille qui braille. Clairement, elle était pas prête à revenir de voyage. Probablement qu'elle laisse derrière elle un sublime marin rencontré pendant son trop court séjour et dont elle est tombée follement amoureuse au premier regard. La scène est digne d'un film, pis ça t'arrache presque une larme à toi aussi.


Le stressé raide. C'est écrit au néon dans sa face qu'il a peur de prendre l'avion. Tu peux presque l'entendre penser qu'il va mourir quand tu le regardes aller. Il fait les cents pas, vérifie l'horaire des vols aux dix minutes, va prendre une gorgée d'eau, essaie de s'asseoir tranquille mais n'y arrive pas puis recommence le rituel. Pauvre petite chose, relaxe tu peux rien faire d'autre.




Le monsieur cocktail. C'était possiblement un stressé raide avant, mais depuis qu'il a découvert qu'il pouvait se mettre chaudaille au bar en attendant son vol, il est beaucoup plus calme. Chacun son truc pour venir à bout du stress. J'te gage même que tu vas le voir ronfler la bouche ouverte quand il va être dans les airs, c'est une technique visiblement efficace.


Le dude qui parle fort au téléphone. Y brasse des grosses affaires, pis il a besoin que tu le saches. Tu t'imagines qu'il doit être boursier ou PDG d'une grosse entreprise pour s'activer bruyamment de même, mais dans le fond il est serveur au comptoir à sandwich de l'aéroport. C'est juste qu'il a remarqué que cette stratégie là pognait au boute avec les filles faque asteur il passe toutes ses pauses à faire ça.




L'inconnu qui raconte toute c'qui sen va faire. C'est peut-être bien son premier voyage parce qu'il a l'air pas mal excité. Entoucas il t'a choisi pour devenir son confident en attendant son vol pis il te raconte toutes les activités qu'il a prévues pour les deux prochaines semaines. T'as le droit de feindre une envie urgente d'uriner avant qu'il commence à te décliner le contenu exact de sa valise. Allez, file.


La bohème. Les voyages forgent la jeunesse, qu'ils disent. Petit sac à dos, vêtements usés, tu peux parier que tout ce qu'elle possède est présentement avec elle. J'admire beaucoup l'audace de ces jeunes fous, j'ai pas les couilles de partir aussi radicalement à l'aventure.


C'est quoi ton style à toi? Moi j'suis clairement la fille qui observe tout le monde en faisant semblant de lire son bouquin ;)


C'est hors sujet, mais ma bière est arrivée au Nelligan's, si t'es pas encore venu y goûter, il te reste un p'tit moment pour venir faire ça avec moi d'ici à ce que je parte. Tu vas voir, c'est ben pintable !


© 2016 Manon Choquette, alias la serveuse du Nelligan's