À la loupe!

Chaque jour dans la vie de tout le monde, y'a certaines choses banales qui arrivent tout le temps, c'est une généralité floue, mais réelle. Pour certaines personnes, ces banalités ne seront pas banales du tout. Par exemple, l'infirmière et le perceur ont en commun le trouage de peau au quotidien, ça fait partie de leur vie, même si pour le reste du monde c'est très peu banal comme action au jour le jour. C'est le genre de chose qui m'arrive pas à moi et si c'était le cas, probablement que ma clientèle ne s'en réjouirait pas vraiment, contrairement à celle du perceur qui paye pour ça, ou aux patients de l'infirmière qui à défaut d'y trouver plaisir, y trouvent soulagement.



Tout est relatif, il n'existe pas de vérité absolue, tout est relié au contexte et est perçu différemment selon sa position, ses expériences, ses besoins et ses attentes. Y'a certaines affaires qui prennent une importance grandiose dans la vie d'un barman et qui, pour le reste des humains, peuvent sembler complètement banales.


Se couper les ongles, y'a rien de plus banal. Les gens font ça quand ils ont besoin, c'est vraiment simple comme tâche pis à part si tu les coupes trop courts pis que ça se met à saigner ou à faire mal, y'a bien rarement des complications. Quand t'es barman par contre, t'apprends que c'est loin d'être un geste aussi banal. Tu dois éviter de les couper tout juste avant d'aller travailler, sinon tu vas passer les deux trois prochains jours à avoir d'la difficulté à ramasser ton change. C'est pas un drame, mais c'est vraiment chiant. Pour rigoler, y'a de ça un moment, j'avais d'ailleurs mis en ligne une fausse nouvelle à ce sujet à mon retour de vacances.


Si tu gardes tes ongles longs, c'est un autre problème aussi. Imagines-toi qu'avec la quantité de pièces de monnaie, fruits, papiers, bières, jus et autres trucs collants/salissants qu'on manipule, le dessous des ongles peut rapidement devenir l'endroit le plus dégueulasse du bar. Il faut savoir garder ça juste assez court pour pouvoir bien les nettoyer, quitte à utiliser une brosse, par respect pour soi-même et tous les autres. Ça a l'air niaiseux de même, mais les ongles font partie du kit de travail du barman.





Pour poursuivre dans les banalités reliées aux doigts, tu ne dois pas niaiser sur la qualité du savon à main, particulièrement en hiver. Si tu te contentes de savon antibactérien basique, tu vas finir ta semaine avec les mains en chou-fleur c'est garanti. J'ai déjà essayé de compter le nombre de fois que je me lave les mains sur un quart de travail régulier, c'est dingue. C'est quelque chose qui oscille autour de 3-4 fois l'heure, à raison de quarts de six heures. Fais le compte au bout d'une semaine, puis imagine-toi l'état de ma peau au bout d'un mois d'hiver sec et froid.


La solution évidente semble être l'usage de crème à mains, mais... c'est loin d'être simple. J'ai eu beau essayer toutes les crèmes, y'a pas moyen d'en trouver qui ne laissent pas de traces sur les verres de mes clients ou qui ne rend pas mes mains super glissantes. On s'entend que la base de mon travail, c'est quand même la manipulation de verres. Si je casse/renverse/tache tous mes produits, ça ne fait pas de moi une travailleuse bien efficace...


Une coupure ou une gerçure au bout d'un doigt peut sembler banale pour le commun des mortels. Pour un barman, c'est une source de torture potentielle. Chaque agrume manipulé ou once de fort renversée devient un enjeu critique et les levures de la bière peuvent causer de l'infection. Les pansements, aussi "étanches" qu'ils soient, ne le sont jamais assez pour supporter une soirée au bar. Pire encore que ça, imagine si ledit pansement tombait accidentellement et se retrouvait dans un breuvage... Yourke. Bref, on a pas grands recours à part les capotes-à-doigts (ça, pour les non-initiés, c'est pareille qu'un condom, mais ça va sur ton doigt pis ça tient là comme un gant sans le reste de la main, c'est vraiment pas esthétique ni confortable, mais c'est safe, drette pareille comme une capote!).



Lésiner sur la qualité de tes chaussures est aussi une chose à éviter. Y'a beau faire mille degrés, t'es aussi bien d'avoir les pieds couverts en entier (CSST) pis d'avoir une semelle décente qui te supporte à peu près. Si tu te demandais pourquoi je porte des bottes même l'été, c'est parce que j'ai les chevilles fragiles et les longs quarts de travail debout ou à marcher constamment m'ont un peu usé. J'ai donc choisi mon camp, celui des bottes, été comme hiver. Mesdames, les talons hauts c'est bien joli, mais c'est également à éviter. Messieurs, des bottes de travail ça fait badass, mais c'est beaucoup trop lourd pour marcher...


S’asseoir, quoi de plus banal. Pour un serveur, c'est du luxe. Tout comme prendre une pause, boire un café chaud ou manger. Bien sûr qu'on a le droit, nos patrons sont pas des tortionnaires non plus, c'est juste que souvent, si tu veux assurer un bon service, tu choisis naturellement de ne jamais t'arrêter. Ça s'applique d'autant plus à ceux qui sont seuls sur leur quart, comme moi. Y'a pas vraiment moyen de s'absenter du comptoir si t'es le seul employé en poste, c'est bien logique. Tu gardes ce droit-là juste pour les urgences, pis tu vas pas texter aux toilettes non plus. C'est d'ailleurs pour ça qu'il faut faire attention de bien s'hydrater, parce qu'on ne s'arrête que très peu et comme on est toujours dans l'action, on ne remarque pas qu'on est assoiffés. Je laisse toujours une pinte d'eau près du téléphone (pour éviter de la laisser près de moi et de la confondre avec un verre destiné aux clients) et chaque fois que je la vois, j'essaie d'en prendre quelques gorgées. Ça évite bien des malaises physiques et c'est une excellente habitude à prendre, particulièrement lors des chaudes journées estivales.



Une semaine de travail est généralement étalée du lundi au vendredi, se déroule de jour et représente entre 35 et 45 heures. Pour un barman, dès que tu fais 25 ou 30 heures, t'es considéré comme à temps plein. Tes semaines auront probablement l'air de quelque chose comme 4 journées de travail, pis par "journée" j'entends pas nécessairement de jour. Tu pourrais te retrouver à dormir le jour pour travailler la nuit, et tu pourrais même faire du jour et de la nuit en intermittence dans la même semaine. Pour les personnes non-initiées, tu risqueras alors d'avoir l'air d'un lâche, d'un paresseux ou de tout autre adjectif qualificatif à connotation négative. Pour des gens "normaux" c'est difficile de comprendre que ça peut être ta "normalité" si tu te couches à 4 heures du matin et que tu te lèves presqu'à midi. Y'a rien de paresseux ou de lâche là-dedans quand tu y penses, c'est à peu près ce que le reste du monde fait au quotidien, c'est juste pas sur les mêmes heures.


J'avais envie de traiter de ces petites banalités non-banales avec toi, peut-être que ça en changera ta perception. N'oublie pas... tout est relatif !



Je profite de ces dernières lignes pour te mentionner au passage qu'il se pourrait que je publie plus souvent l'après-midi pendant la période estivale, ne t'inquiète pas, je n'ai pas l'intention d'arrêter de t'écrire, j'ai juste envie de profiter de la vie à son maximum moi aussi. Je ne t'oublie pas, tu restes mon confident favori et je te remercie encore une fois de me lire avec autant d'assiduité.


Love, sunshine, pis fuck la tempête qui arrive demain, je retourne lire au soleil.










© 2016 Manon Choquette, alias la serveuse du Nelligan's