J'ai l'doigt.

Je suis assise au théâtre avec mon ami. Il avait un billet de trop pour la pièce Incendies et il m'a demandé si je voulais l'accompagner. J'ai sauté sur l'occasion, j'adore le théâtre et j'y vais trop rarement. Nous voici donc bien installés, la salle du Grand-Théâtre est pleine, à peine une dizaine de bancs vacants. Les lumières se tamisent et on entend les avertissements classiques "Nous vous prions d'éteindre vos cellulaires...". Silence complet. Ça commence. C'est bon. Je ris, je pleure, j'ai le motton, je trouve ça vraiment bien fait et le temps file sans que je ne m'en aperçoive. Dans un bout super intense de la pièce, le téléphone cellulaire de la dame derrière moi se met à sonner.



C'est pas sa faute, que j'me dis. Elle doit avoir négligé l'avertissement, elle doit avoir oublié. Ça sonne encore. Ça sonne toujours... Je me retourne, tout le monde la dévisage, mais elle, elle s'en sacre. Quelqu'un ose un petit "Pouvez-vous fermer votre sonnerie?" et elle répond du tac au tac "ah c'est pas grave, ça va arrêter bientôt". Soupirs. Effectivement, ça s'est finalement arrêté, j'avais manqué quelques répliques à cause de l'agacement et je me suis dit que c'était très irrespectueux, mais que c'était rien de grave au fond. Je me suis replongée dans le récit.


J'imagine que cinq ou dix minutes sont passées, j'étais de nouveau absorbée, puis ça s'est remis à sonner derrière moi. Même stratégie pitoyable, la dame attend que ça arrête de sonner au lieu de fermer l'appareil. Elle s'en sacre encore autant, je dirais même qu'elle s'en cal*sse ben raide. Aucune gêne, aucun malaise, aucune action pour éviter que ça ne se reproduise, aucun respect des acteurs et des autres spectateurs autour.




Madame, tu l'échappes, que j'me suis dit. Mais j'ai pas osé lui dire à elle.


J'ai dû t'en parler quelques fois, mais j'me sens toujours coupable de tout et de rien. C'est comme ça depuis toujours, j'ai jamais été capable de me dire "ah pis dla marde, c'est pas grave", particulièrement quand il y a d'autres humains d'impliqués ou de dérangés. J'comprends pas comment ça se passe dans la tête de la madame du cellulaire. J'comprends pas pantoute même.


J'le sais que ça prend toute sorte de monde pour faire un monde, mais je suis forcée de constater que y'a quand même des catégories de gens dont on se passerait sans effort. Le savoir vivre, ça s'apprend. C'est clairement pas un acquis pour tout le monde. Pendant qu'on est sur le sujet, y'a quelques autres affaires qui me donnent de l'urticaire.




L'urine sur le bol de toilette. Sérieux, c'est dégueulasse. J'peux bien concevoir qu'un accident peut arriver, mais ce que j'arrive moins bien à m'expliquer, c'est pourquoi c'est pas ramassé. Si t'as pas envie de ramasser ton propre pipi (dont tu devrais être le seul responsable), dis-toi que la personne qui va suivre va être encore bien plus dégoûtée que toi-même. Apprends à vivre pour l'amour du ciel. Pisse dans le trou ou ramasse-toi, c'est la base.


Les gommes sous la table. Si tu savais combien de chiques de gomme on peut découvrir en faisant le ménage au Nelligan's, c'est complètement fou. j'ai JAMAIS pogné personne sur le fait, mais si un jour ça arrive, je pense que je sors le grattoir pis j'y fait manger toutes les fucking gommes d'la place. Y'a des poubelles, des vieilles factures, des napkins... bref y'a mille autres options avant d'en arriver à devoir coller ta gomme sous le comptoir, c'est vraiment irrespectueux de le faire. Si j'te pogne j'te...




Les cendriers vidés par terre. T'as le droit de fumer, j'en ai rien à battre, mais ramasse tes botchs. Y'a des gens en voiture qui profitent d'un stationnement ou d'un feu rouge pour vider leur cendrier par terre, c'est dégueulasse. On vit en société, ça serait nice que tu penses pas juste à toi des fois.


Renifler. Une fois n'est pas coutume, mais quand ça fait quinze minutes que tu te ramène la goutte au fond du pif à grand coup de reniflage, ça m'agresse. Tranche de vie d'étudiante. J'étais au cégep, dernière année, derniers examens. Je suis dans une salle avec 300 autres personnes pour une dissertation de philo. Je suis stressée, mais ça va. Quand je me concentre j'arrive même à ignorer les soixante-quatorze enrhumés qui toussent autour. Pas trop loin de moi,, y'a un gars qui lui, ne fait que renifler. Sans cesse. Au début je l'entends pas trop, mais plus ça va, plus ça m'irrite. C'est un peu comme la goutte d'eau qui tombe dans le lavabo en pleine nuit et qu'on entend jusqu'à l'étage. Ça gosse. Il a pourtant une boîte de kleenex devant lui, mais visiblement, lui il s'en fiche de renifler. Son petit manège a duré un moment, puis soudain est arrivé la chose la plus merveilleuse de cet examen-là. Y'a un autre gars qui s'est levé et a lancé bien fort dans la salle quasi-silencieuse "Non mais vas tu finir par te moucher ou tu veux que j'le fasse pour toé!?" . Éclats de rires, mouchage, silence. J'sais pas si tu suis mon blogue ami inconnu, mais maudit que ce jour-là t'as fait la différence dans mes performances philosophiques, t'as potentiellement sauvé ma dissertation, MERCI !




L'abus de parfum. C'est correct d'être coquet pis de vouloir sentir bon, même que c'est très agréable bien souvent. Mais y'a une place où tu devrais vraiment apprendre à te modérer, pis c'est au restaurant. C'est tellement dommage d'arriver dans un bon resto, de se commander de la bouffe de qualité et de pas être capable de goûter pleinement les saveurs juste à cause du monsieur d'à côté qui s'est baigné dans son Aqua Velva. Ça se fait pas, c'est pas fin pour personne, pis un parfum c'est fait pour sentir bon, quand c'est rendu que ça goûte c'est parce que t'as exagéré.


Ne pas tenir la porte. J'veux bien croire que tu passeras pas ta journée à tenir la porte à tout le monde, mais tsé, si t'es en train d'entrer quelque part et que tu vois que quelqu'un d'autre tente de faire pareil, tiens-lui donc la porte. C'est pas grand chose, pis ça fait du bien. L'effort fourni sera vite remplacé par la satisfaction d'avoir aidé. Pis sérieux, si quelqu'un te tient la porte, dis-lui merci, c'est la moindre des choses. C'est comme ça que les gens civilisés font pis c'est une maudite bonne affaire à mettre en pratique. Gâte-toé, gâte-moé, gâte tout le monde que tu peux, t'es capable.




Les bonnes manières, ça se démode jamais. Rend tes parents fiers, vas-y, montre-nous que t'es bien élevé. Le savoir-vivre est une richesse sous-estimée, si tu savais comme ça peut enrichir le monde sans coûter une cenne, tu t'en passerais pas.


Madame au cellulaire, gère-toé.


À tous les autres, un excellent dimanche de Pâques. Plein d'amour pis de chocolat xxx







© 2016 Manon Choquette, alias la serveuse du Nelligan's