Pas ce soir, j'ai mal à la tête

La nature a été ben smatte avec moi. J'ai une bonne santé générale, même si j'me malmène un peu par moment. Les nuits sont plus souvent qu'autrement courtes, il m'arrive de sauter un repas à l'occasion pis entre toi et moi, je suis pas nécessairement une sportive née. Malgré tout ça, semblerait-il que je tiens encore debout quand c'est le temps. Par contre je souffre d'un petit dérèglement qui ne se voit pas, mais qui me pourri la vie périodiquement depuis que j'ai quatorze ans (pis non, c'est pas dû au fait que je sois un peu crazy sur les bords). Je souffre de migraines avec aura.


Quand on entend le mot aura, on pense généralement à la vibe de quelqu'un d'autre. On raconte même que certaines personnes aux pouvoirs un peu ésotériques sont capables de voir l'aura des autres. Dans ce cas, l'aura est une sorte de voile ou plutôt un halo, qui entoure un individu. Dans mon cas, quand je te parle d'aura, ça n'a rien à voir avec l'ésotérisme.





Le mot migraine est associé au mal de tête, bien évidemment, mais quand tu en souffres, ça va beaucoup plus loin qu'un simple mal de tête. La migraine est une maladie neuro-vasculaire causée par une dilatation ou une contraction des petits vaisseaux dans la tête. Ça occasionne des symptômes beaucoup plus sérieux qu'un mal de tête, et pour ma part, ça veut également dire une perte de vision partielle et temporaire, qu'on appelle aura. Oui oui, une perte de vision. Pis même si ça fait des années que j'en souffre, il m'arrive encore de "paniquer" un peu quand ça m'arrive et de me demander si ça va pas rester comme ça à jamais.


Chaque fois, quand l'aura se pointe le bout du nez c'est comme une sorte de course. Je dois mettre la main sur mes médicaments rapidement (dis-toi qu'ils sont beaucoup plus faciles à trouver quand je vois quelque chose) et me rendre dans un endroit opportun pour ce qui va suivre. Quand je suis en phase d'aura, je ne ressens aucune douleur, mais je sais que ça s'en vient et c'est plutôt rapide à part ça. En gros, si je suis pas chez moi, j'ai une trentaine de minutes pour m'y rendre avant d'avoir la face qui me fend en deux. Si je suis en train de conduire, je dois m'arrêter le temps que ma vision revienne, même si quand elle est revenue je suis loin d'être hors du pétrin.




Ce qui suit, en général, c'est une hypersensibilité généralisée, accompagnée d'un sévère mal de cerveau. Les sons, les odeurs, la lumière et les contacts sont amplifiés et deviennent quasiment intolérables. À cette hypersensibilité s'ajoute généralement une nausée, des engourdissements et parfois même, des vomissements. Rendu là, c'est pu juste un "mal de tête", on dirait que t'as une perceuse qui essaie de faire une trail dans ta tête en suivant tes battements de coeur, pis le feeling est tellement intense que même si t'essaie de dormir, y'a rien qui y fait. Il te reste juste à te rouler en boule dans l'obscurité, en évitant les odeurs, les lumières et les bruits, pis d'attendre que ça finisse enfin par passer.




La migraine en soit est une condition génétique. J'ai un frère qui est lui aussi affligé par ce mal invisible. Au-delà des causes génétiques, c'est le néant. Les causes réelles du problème sont encore inconnues à ce jour. Même si on a développé des médocs qui font généralement bien la job, on ne sait pas exactement ce qui cause les crises, ce qui déclenche la migraine en soit. On spécule, le stress, la consommation d'alcool, le jeûne, l'absence de sommeil, certains aliments, ... Bref c'est large comme terrain de recherche et bien que j'aie rayé quelques trucs de ma vie pour diminuer la fréquence de mes migraines, je continue d'en faire quelques unes par année.


J'me considère chanceuse, parce qu'adolescente, j'en faisais presque chaque semaine, voire même plusieurs fois par semaine. C'était assez handicapant et bien souffrant. Ça peut scrapper des plans sur un solide temps d'avoir l'impression de se faire driller la cervelle.




Si j'te parle de ça aujourd'hui, c'est pour qu'ensemble, on apprenne à faire la nuance entre un simple mal de tête et une migraine, parce qu'encore aujourd'hui, quand j'explique ce qui m'arrive, y'a toujours quelqu'un quelque part pour me dire "Ben là c'est juste un mal de tête, prends des tylenols pis reviens-en!" et c'est un peu choquant que ça soit perçu comme ça.


C'est loin d'être un petit mal de tête, pis pour te dire, les lendemains de brosse les plus épiques sont comme des vacances dans le sud quand on les compare à une migraine. J'en suis pas rendue là du tout, mais à une certaine époque (et même encore aujourd'hui) on associait la migraine au suicide, parce que devant l'échec des traitements, plusieurs patients sévèrement affligés en sont arrivés à souhaiter leur propre mort, c'est pas peu dire.


Si tu connais quelqu'un qui souffre de ce mal, souviens-toi que tu ne dois pas banaliser la chose. Tâche plutôt de comprendre que c'est sérieux, que c'est difficile à contrôler et que c'est bien handicapant. Comme dans toute situation, un peu d'empathie est toujours bienvenue!









© 2016 Manon Choquette, alias la serveuse du Nelligan's