Table de multiplication

Je sais pas si tu connais le blogue de Maude Michaud, La parfaite maman cinglante. C'est un blogue pour les mamans qui a pour but, je crois, de parler librement de tout ce qui peut arriver à une maman moderne. Le modus operandi général c'est de n'avoir aucun tabou et aucune barrière. Bref, la vocation du blogue c'est de dire "les vraies affaires" reliées à la parentalité. Même si je n'ai pas d'enfant à moi, j'aime bien lire les publications qui sont toujours écrites avec beaucoup d'humour. J'aime le style, même si les sujets me rejoignent moyen plus souvent qu'autrement.



Y'a quelques semaines (okay, probablement plus deux-trois mois, j'ai vraiment procrastiné sur ce coup-là), j'ai vu qu'elle cherchait des collaboratrices pour rédiger des textes pis j'me suis dit que je m'essayerais, même si j'ai pas d'enfant. En fait, je sais que c'est pas nécessairement la vocation du blogue de donner envie de procréer, pis une chance parce que moi, ça me fait tout l'effet contraire. Faut dire que c'est pas juste le blogue qui me coupe l'envie de me reproduire, c'est plus profond que ça (pis en tant que célibataire, ça diminue les probabilités), mais pareille. Ce genre de ramassis de chialage (qui me fait mourir de rire je dois l'admettre) me fait plus peur qu'envie, et le tas de responsabilités (pour pas dire "trouble") qui vient avec alimente cette même peur.



Ça me donne pas pantoute envie de me reproduire de lire à quel point on est en manque de sommeil et de moments à soi quand on est parent. Je sais bien que quand t'engendre un humain, c'est évidemment pas dans le but de te reposer pis toute, mais j'me demande c'est quoi le but profond, justement. Dans ma tête, j'ai beau virer ça de tous les côtés, ça m’apparaît toujours comme un trip plutôt égocentrique de faire des enfants pour voir la continuité de soi-même. Là tu vas te dire qu'il n'y a rien d'égocentrique à se mettre de côté de la sorte et à vouloir prendre autant soin de sa propre extension, mais justement, c'est là que moi ça me trouble. Y'a des tas d'enfants orphelins sur notre planète déjà surpeuplée, pis de choisir d'en fabriquer un autre de plus, juste pour prolonger sa propre lignée, ça me rend bien perplexe. C'est peut-être parce que mes gênes sont pas si hot que ça, mais c'est pas le genre de don de soi qui me motive.



Quand je lis les statuts Facebook des parents qui m'entourent, ça me donne pas plus envie. De les voir s'enfiler leur quatorzième gastro de l'année, entrecoupée de vingt-cinq rhumes et sinusites, pis de les voir continuer de se geler le cul à l'aréna le samedi matin en chialant sur les réseaux sociaux, ça m'énarve. De les voir se chercher une petite gardienne chaque mardi soir juste pour aller faire l'épicerie, moi ça me turn off.


Pis là j'ai été soft, parce que y'a un paquet d'autres trucs de la parentalité qui me turn off.


Y'a des affaires qu'on devrait pas avoir le droit de raconter à ceux qui ont jamais eu d'enfant. Genre, le récit de vos accouchements mesdames. Loin de moi l'idée de vouloir romantiser l'action d'engendrer, mais est-ce que tout le monde a réellement besoin de savoir que quand votre enfant est venu au monde, la noune vous a fendu jusqu'au rectum? C'est le genre de détail qui devrait n'être dit que très rarement, et ce en présence de personnes averties et intéressées uniquement, parce que le reste du monde, il s'en sacre profondément de l'état de votre vagin ou du nombre de points de suture que ça a pris pour le maintenir fonctionnel.


Mis à part ce petit détail, y'a d'autres trucs qu'un parent ne devrait jamais partager avec les non-parents. Moi j'aime bien l'action (c'est pas pour rien que je travaille dans un bar), mais quand je reçois les récits des parents qui m'entourent, j'ai l'impression que leur vie est un calvaire de 6h le matin à 20h le soir. Quand tu racontes que tu dors pas, que tu fais du ménage pis du lavage non-fucking-stop pis que les tâches se succèdent sans répit dans ta maisonnée, tellement que tu sais même pas comment t'as pu survivre jusque-là, ça me donne pas le goût d'avoir des bébés. De savoir que quand j'suis rendue à mon deuxième café, toi t'es rendu à ta cinquième couche qui déborde, ça m'écoeure un brin.




J'veux ben croire qu'à travers toute la misère que tu vis en tant que parent y'a des beaux moments, mais on dirait que moi, la fille sans enfant que tu qualifies souvent d'égoïste, j'me trouve finalement pas si pire dans ma vie de marde. Au moins, chez nous, chuis la seule qui scrappe mon bonheur, pis c'est pas rien comme tâche. J'ai personne d'autre que moi à blâmer si je pogne pas ou si j'ai un bourrelet quand j'met des skinny jeans. J'suis la seule responsable si j'suis pas encore couchée à quatre heures du matin, si j'me réveille en pleine nuit, si c'est le bordel chez nous...


Parlant de bordel, quand j'reviens à la maison pis que je découvre une surprise, c'est plus de l'ordre d'un vieux plat tupperware au contenu douteux que de l'éclosion d'une pandémie qui va me forcer à désinfecter jusqu'au plafond ou à condamner ma maison pour une semaine. Pis c'est pas trop plate.


J'ai pas besoin de publier quatorze photos par demie-heure pour partager les nouveaux accomplissements de mon un-an qui s'est rentré un bout de ficello dans le nez avant de dire "autobus" pour la première fois. J'ai pas besoin d'accrocher les deux mille dessins de bonhommes aux longs bras sur mon frigo, pas besoin de faire la chasse aux lutins dans le temps des fêtes, pas besoin de me lever à 6h le samedi matin pour aller pogner les hémorroïdes sur les bancs frettes de l'aréna, pas besoin de faire trente-six brassées de lavage par semaine, pas besoin de...



Si j'te dis toute ça au fond, c'est peut-être parce que je t'envie un peu. C'est probablement de la pure jalousie. Peut-être que moi aussi j'aimerais ça avoir un petit nez morveux pour me faire oublier mon propre nombril, mais je continue à penser que ça m'arrivera pas de si tôt, parce que non seulement j'suis encore une grande enfant moi-même, mais aussi parce que j'ai peur de créer un autre humain de plus sur notre planète chaotique.


Quand les hommes vivront d'amour, j'me permettrai peut-être de changer d'idée. En attendant, j'va continuer de chialer en t'admirant beaucoup, toi le parent moderne qui arrive à gérer tout ce chaos.







© 2016 Manon Choquette, alias la serveuse du Nelligan's