Conventions virtuelles

Je t'apprendrai pas grand chose en te disant que les règles de savoir vivre nous facilitent la vie dans tous les domaines. C'est pas pour rien que ta mère pis ton père ont mis tant d'efforts pour s'assurer que tu agisses sur le sens du monde le plus souvent possible. Depuis les années 2000, il y a une seconde dimension qui s'est ajoutée à nos vies et ce level virtuel supplémentaire est lui aussi régi par un code d'éthique et des bonnes manières. Même si tes parents ont bien fait leur job, il y a fort à parier que leur bonne éducation ne s'est pas rendue jusqu'à te montrer comment vivre online.




Cette année j'ai pris une petite pause des réseaux sociaux. En fait c'était pas tant une pause, j'ai plutôt slaqué le beat comme on dit. Quand j'me suis rendue compte que je pouvais à peine passer une journée entière sans aller sur Facebook, j'me suis trouvée un peu dégueue pis j'ai décidé de travailler là-dessus. Mes publications se font de plus en plus rares, pis mes passages en ligne aussi. J'essaie d'utiliser mes outils virtuels pour me faciliter la vie réelle au lieu de shiner mon univers fictif.


En prenant ce recul, j'ai constaté qu'il y avait beaucoup de choses irritantes dans mon feed. Pire que ça, j'me suis rendue compte que moi aussi je publiais parfois des choses qui alourdissent le tien. Alors pour le bien de tous, voici quelques unes des choses que tu ne devrais jamais publier en ligne. Ça pourrait même être un cas de résolution du nouvel an, pendant qu'on y est. Pour faciliter la chose, je vais me concentrer sur un seul réseau social, Facebook. Dis-toi par contre que ça s'applique aussi bien aux Twitter, Instagram et autres de ce monde.


Voici donc ce que tu ne devrais jamais publier en ligne :




Des informations personnelles. Des dates de vacances par exemple. Penses-y, dire sur Facebook que tu pars dans le sud du 3 au 10 janvier, c'est comme d'inviter les voleurs potentiels de ton entourage (j'le sais, on espère tous pas avoir ce genre d'individu dans notre vie, mais comme tout-le-monde il est pas toujours beau et gentil, mieux vaut prévenir) à venir te défoncer pendant ton absence, en toute quiétude parce que tu vas être parti loin loin. C'est un gros non. Sans toutefois virer fou, il faut aussi être vigilant quand on se tag quelque part, pour les mêmes raisons.


Parler d'argent. Ça peut se classer dans la catégorie précédente parce que c'est de l'information personnelle, mais ça vaut la peine d'être bien clair sur ce point : on fait pas ça. Personne à besoin de savoir que t'es plein ou paumé, pis personne a besoin de savoir que tu viens de gagner mille piasses au bingo non plus. C'est pas tant une règle de politesse qu'une question de gros bon sens, ton porte-feuille, c'est du domaine privé, garde ça pour toi.




Pour continuer dans les affaires personnelles, tu devrais faire attention au genre d'images que tu publies sur tes comptes. Tu devrais gérer ta confidentialité pour empêcher tes "amis" de publier la photo de toi qui s'est endormi sur le bol au dernier party directement sur ton wall. Même si tu trouves ça ben drôle sur le moment, on sait jamais jusqu'où ça peut te suivre. Penses-y, si un jour tu deviens premier ministre (haha !) ça serait bien que t'aies pas trop de squelettes dans le placard.


Pour poursuivre sur les photos, calme-toi le selfie. As-tu vraiment besoin de mettre en ligne quatorze photos de ta face cadrée pareille et sur lesquelles tu as toujours EXACTEMENT le même sourire faux? (D'ailleurs j'me demande vraiment comment certaines personnes font pour avoir TOUJOURS la même tronche, les petites babines pis toute, selfie après selfie). By the way, c'est dorénavant répertorié comme une maladie mentale d'avoir une envie aussi incontrôlable de prendre et de publier des égoportraits sans arrêt, c'est du selfitis.




Pis les nouveaux parents, j'imagine que vous les aimez beaucoup vos enfants-flambants-neufs pis je vous assure que j'ai absolument rien contre ça, mais laissez donc le temps à votre bébé de prendre deux-trois respirations pour débleuir un peu avant de poster sa photo sur Facebook. Pendant qu'on y est, y'a aucun bébé naissant qui a besoin d'avoir son propre profil. C'est too much un peu. Profitez du moment en famille, recueillez-vous, prenez le temps d'apprivoiser votre bébé, faites tout ça bien avant de penser à Facebook, please.




Dans un tout autre ordre d'idée, je trouve qu'il n'y a rien de plus gossant que quelqu'un qui tente désespérément d'attirer l'attention en faisant un post mystérieusement-dépressif du genre "Quelle sale journée, j'en peux plus, je ne veux même pas en parler". Si tu veux pas en parler, ben parles en pas. Pis si t'as envie d'en parler, appelle un de tes chums, ta mère, j'sais pas qui, mais dit pas ça à tes 500 amis virtuels parce qu'anyways, le trois quart de ceux-ci s'en fout royalement.


Inutile également de donner trop d'information. Par exemple, personne a envie de savoir que t'es en attente à l'urgence pour te faire inspecter le o-ring parce que t'as eu une diarrhée fulgurante après être allé manger chez ton mononcle Paul vendredi soir passé. Personne a envie de savoir que t'as mangé une toast au beurre de peanut pour déjeuner, pis tout le monde s'en sacre éperdument que t'aies nettoyé tes fenêtres, passé le balai pis fait la lessive. C'est le genre d'affaires que les gens font sans nécessairement ressentir le besoin de l'écrire sur Facebook, d'habitude. (Pis tsé, si t'as envie de raconter tout ce qui te passe par la tête aux gens, tu peux te starter un blogue, j'en connais une qui a fait ça pis ça pogne, haha!)




La suite logique : Rien de violent, raciste ou sexiste ne devrait circuler. Je sais bien que c'est utopiste comme statement, mais je t'assure que si j'te vois publier quelque chose du genre, j'te unfriend/unfollow sans hésiter.


Les attaques personnelles sont considérées aussi sérieusement que les actes de violence. Je sais qu'il y a beaucoup de monde qui se croit hors d'atteinte derrière son écran d'ordi, bien terré au fond de sa maison, mais penses-y donc deux fois avant de publier quelque chose de haineux. T'as pas besoin de commenter tout ce qui passe, si t'es pas capable de demeurer respectueux quand tu exprimes tes opinions, je pense sérieusement que tu devrais les garder pour toi. Demande-toi si ce que tu as envie de dire apporte ou enlève quelque chose à quelqu'un de la façon dont ce sera dit. Tout se dit, certes, mais il faut choisir la bonne façon. Simple simple simple.


Les informations médicales bidons. Les recherches sans références, souvent bourrées de fautes d'orthographe et encore plus souvent démagogiques du début à la fin, c'est non. Tu m'excuseras de remettre en doute l'efficacité du curcuma ou du thé vert contre le cancer, mais si jamais on me découvre un tumeur demain matin, je vais aller voir mon docteur moderne au lieu d'aller me faire une tisane. Je sais que les produits naturels ont des usages vérifiés et bénéfiques sur certains aspects de notre santé, mais chu pu capable de voir passer des textes écrits par de faux scientifiques. J'suis encore plus tannée de voir que j'ai un paquet d'amis qui gobent ça sans se poser de question. Penses-tu vraiment que si la racine de gingembre était le remède miracle tant espéré on le saurait pas déjà tous?




Je pense qu'avec ces règles de base là, tout le monde est en mesure de mener une meilleure existence virtuelle. Non, j'sauverai pas le monde. Oui, moi aussi j'en dit d'la marde ben souvent. Je pense quand même que ces quelques points pourraient en aider quelques uns à mener vie plus agréable pour tous.


Je profite de ce dernier paragraphe pour te souhaiter une magnifique année 2018 et un jour de l'an festif avec du monde que t'aimes (ou ben une soirée Netflix ben chill si t'es pu capable de voir du monde!). J'ai relu mes voeux de l'année dernière et je les ai trouvés bien à propos encore cette année, je te les renvoie une fois de plus!


Ch't'aime pis j'te souhaite juste du bien !





© 2016 Manon Choquette, alias la serveuse du Nelligan's