L'esprit (ou l'*sti) de Noël.

Quand tu décides d'être barman, tu signes un contrat avec ton âme : Celui d'endurer un paquet de monde qui vont potentiellement te taper sur les nerfs. Évidemment, c'est pas un vrai contrat papier, quand tu t'embarques là-dedans, tu sais limite même pas à quoi tu vas faire face au fil des jours. Y'a aucun moyen de savoir ce que les petits caractères illisibles (et précédés d'un tas d'astérisques) au bas de la feuille te réservent, même si tu mets tes lunettes pis que t'approches ta lampe de lecture. C'est un pur gamble, soir en soir, jour après jour.



Dans le temps des fêtes particulièrement, y'a un paquet de monde qui sortent dans les bars, mais qui sortent pas nécessairement le reste de l'année. Tu peux même pas leur en vouloir tellement ils savent juste pas ce qu'ils font. Ils participent tout simplement aux festivités de ceux qu'ils aiment, se joignent aux sorties annuelles entre vieux potes ou aux happy hour improvisés pour les petits-pré-drink-rebels-du-party-de-bureau.


Tout ce beau monde là qui sort jamais se lâche lousse (sans compter) en se donnant comme prétexte que ça arrive rarement, trop peu souvent, presque jamais... Pis ils y mettent de l'effort comme si y'avait pas de lendemain. C'est comme si t'étais au régime toute l'année, pis qu'une fois l'an on te disait "Aweille manne, bourre-toi la face dans dans tarte au sucre pis dans les patates frites parce que y'ink pour à soir, ça te tombera pas d'in fesses. Fuck you calorie count".



J'ai la chance de travailler de jour et grâce à ça, je croise bien rarement des total-fucked-up. Le temps des fêtes, c'est comme l'exception qui vient confirmer la règle. En général, mes clients sont civilisés, intéressants et réceptifs. Au cours des dernières semaines, j'ai reçu dans mon bar des drôles de spécimens qui sont venus confirmer de leur exception la règle (bon j'ai encore dis mon bar, mais tu dois simplement comprendre que depuis le temps, le Nell est devenu comme une rallonge à ma propre demeure).


Y'a une chose qui me chicote, pis par chicoter, je veux dire une chose que je comprends pas pantoute, zéro, nada. Je comprendrai jamais pourquoi quand je refuse de servir quelqu'un qui est trop affecté, celui-ci se permet d'argumenter. Je comprends bien que dans l'état où ils se sont mis, c'est clairement pas le bon jugement et la raison qui dominent, mais malgré que j'en sois bien consciente, le refus d’obtempérer me dépasse totalement. Je comprends pas pourquoi certaines personnes s'obstinent et veulent tant rester alors qu'ils viennent clairement de se faire dire qu'ils ne sont plus les bienvenus pour le moment.



Je comprends que quand tu sors jamais pis que pour une fois tu te lâches, t'es comme un kid qui se fait dire qu'il peut manger autant de bonbons qu'il veut, pis que quand je te refuse le prochain service, tu te sens comme le même kid qui vient de se faire enlever son nanane. Quand j'te dis que j'veux pu te servir parce que je trouve que t'en as assez pis que ça te pseudo-choque de pas avoir ce que tu veux immédiatement, j'te trouve complètement débile. Sérieux, penses-tu vraiment que t'es en position d'argumenter quand tu parles en lettres attachées? Je t'ai regardé marcher après ta troisième tournée de shooters, pis t'avais besoin de la rampe pour descendre l'escalier sans cr*sser le camp partout. Tu penses pas que quand t'es rendu que t'as d'la misère à aller pisser, c'est peut-être le signe qu'il faudrait slaquer le beat?



Tu rampes à terre, ta jupe est pognée dans ton bas de nylon, t'as une haleine de vomi pis ça t'étonnes qu'en arrivant au bar j'te dise que j'te sers pas pis que j't'offre de t'apeller un taxi à place? Tu te permets de rétorquer en me balançant tes arguments bidons? C'est ben correct manne (not) mais j'te jure que j'vais me souvenir de toi pour de mauvaises raisons, pis moi j'suis pas sua brosse, j'ai encore toute ma mémoire.


La morale de l'histoire, c'est que quand un barman décide de te mettre dehors, la meilleure chose qu'il te reste à faire, c'est de ramasser le peu de dignité qu'il te reste pis te le ramener chez toi. Fais-moi pas le plaisir (ou le déplaisir) de me laisser les derniers petits morceaux de toi-même qu'il te reste en partant, j'en vaux pas la peine. Garde tes efforts pour te préparer un grand verre d'eau glacée pis mettre les tylenols pas trop loin. Quand tu ouvriras les yeux et qu'une douleur lancinante te fendra la face en deux, au moins t'auras pas de mauvais flashbacks qui viennent s'ajouter à ça.



T'as pas besoin de regretter tes mots en plus de ton mal de crâne, j'suis sûre que t'en auras déjà bien assez avec ton mal de vie.


Peace out.


P.-S. Y'a aussi un paquet de monde super cool qui sont venus me voir récemment, tu le sais déjà que c'est pas de toi que je parle si tu fais partie de cette gang-là.








© 2016 Manon Choquette, alias la serveuse du Nelligan's