La vie d'adullllte.

C'est peut-être difficile de croire à ça asteure que j'fais 6 pieds, mais j'ai déjà été petite. Quand j'étais petite, j'avais donc ben hâte d'être grande, d'être une adulte. C'était le souhait que je faisais le plus souvent je pense, "Quand je vais être grande, je ...". Chaque fois qu'on m'interdisait quelque chose, je me disais que quand je serais adulte, je ferais bien ce que je voudrais, quand je le voudrais. Puis un jour c'est arrivé, je m'en suis pas trop rendu compte, c'était à la fois graduel et instantané, mais vl'a tu pas qu'un moment donné, j'suis devenue une adulte pour de vrai. Un matin j'me suis réveillée pis ça y'était. Bing bang pow.




J'ai probablement pas besoin de te dire que c'est pas arrivé comme je l'avais imaginé. Dans ma tête d'enfant, être adulte ça voulait dire faire ce qu'on veut. Laisse-moi te dire que quand j'ai pogné l'âge de raison, j'ai radicalement changé d'avis. Juste pour rigoler un peu, je vais te raconter les points majeurs qui m'ont fait changer d'idée.


1. La bouffe. On avait pas vraiment de restrictions alimentaires dans la maison de ma mère, on avait le droit de boire des boissons gazeuses quand on voulait pis de manger ce qu'il y avait sans modération, pis même à ça, j'abusais pas. J'ai jamais vraiment aimé les boissons gazeuses pis les cochonneries, mais y'a une affaire qui me fascinait quand j'étais kid, pis c'était la bouffe pour apporter et/ou faire livrer. Vois-tu, dans ma campagne natale, y'avait pas de possibilité de se faire livrer rien, ça fait que dans ma vie d'adulte, quand je suis arrivée en ville, j'ai vraiment adoré le concept de livraison. Ça me faisait triper ben raide (pis encore aujourd'hui, c'est quelque chose que j'aime faire à l'occasion pour me gâter), mais on va s'le dire, c'est pas vraiment une saine façon de se récompenser. Mon esprit d'adulte demeure donc vigilant, contrairement à l'enfant sans modération que j'étais, maintenant je suis consciente que ça doit demeurer quelque chose d'occasionnel.




Y'a aussi les trucs industriels. J'aimais donc ça moi les petits gâteaux Vachon. Ma mère était une cuisinière assidue, il y avait toujours du dessert maison chez moi, et clairement, je ne l'appréciais pas à sa juste valeur. J'aimais mieux les trucs chimiques de l'industrie. Ça aussi, ça a bien changé à l'âge adulte. Y'avait souvent de la tarte au sucre chez moi, pis j'en mangeais pas tant. Maintenant, j'achète rarement des choses toutes faites, j'adore cuisiner... les recettes de ma douce mère! Tranche de vie supplémentaire, quand je suis partie en appartement, ma tante et ma mère m'ont offert un recueil de leurs recettes pour m'offrir leur savoir, pis je m'en sers encore aujourd'hui, même que j'ai ajouté mes propres recettes au fil du temps. L'ouvrage en question est plein de taches de beurre pis de farine, mais mon dieu qu'il m'est précieux.




2. Les vêtements. J'me souviens qu'enfant, je détestais porter une tuque et des mitaines. Je sais pas pourquoi, mais surtout à l'adolescence, c'était encore pire. Je refusais de porter des bottes d'hiver pis le reste du grément parce que je trouvais ça laid. Quand ma mère insistait (et avec raison d'ailleurs) je m'obstinais à geler en me disant que quand je serais adulte, je ferais bien ce que je voudrais. Eh bien figure-toi donc que depuis que je suis adulte, y'a rien que je déteste plus que d'avoir froid, si bien que je suis toujours over-couverte. En plus, j'ai la chance d'avoir une maman qui tricote et qui me gâte chaque année avec une nouvelle paire de mitaines. Chaque année, lors de mon passage en Abitibi, je suis attendue avec une paire de pantoufles en phentex pis une paire de mitaine toutes neuves. Gâtée pourrie je suis.




3. La voiture. Étant enfant, j'avais trop hâte d'avoir une voiture, d'avoir un permis de conduire, d'être liiiibre. J'ai grandi dans le fond d'un rang, pis sans véhicule, on pouvait pas aller ben loin. Dès que j'ai eu l'âge, j'ai passé mon temporaire (sans farce, je pense que c'était la semaine de ma fête, le rendez-vous était pris depuis des mois). Dans ma tête, dès que j'allais avoir un véhicule, j'allais être autonome. J'avais aucunement conscience des dépenses et responsabilités reliées à l'engin à moteur. Maintenant que je suis en ville, je constate encore plus à quel point une voiture c'est un paquet de trouble. Justement, là l'hiver s'en vient, faut j'fasse changer mes pneus pis faire faire une inspection pis ça m'tente pas pantoute de conduire sur la glace pis de rester prise dans les bancs de neige. Je t'entends me dire "ben t'as juste à pas avoir de voiture" pis t'as probablement raison, mais je sais pas trop pourquoi, maintenant que ma voiture est toute à moi j'ai bien du mal à m'imaginer sans. My bad.




4. Les devoirs. J'ai toujours été douée à l'école, mais j'ai jamais vraiment aimé avoir des travaux à faire à la maison. Heureusement pour moi, je n'avais pas besoin de consacrer beaucoup de temps pour suffire aux exigences. J'avais donc hâte de graduer pour avoir enfin fini de me faire ch*er avec les travaux scolaires. Ben figure-toi donc que maintenant que je suis adulte, je suis toujours à la recherche de nouvelles choses à apprendre et j'aime bien suivre des formations pour me perfectionner. C'est bête d'avoir eu tant hâte d'en finir avec l'école pour finalement me rendre compte que j'adorais ça. Si c'était pas si dispendieux les études, je pense que je serais encore étudiante à temps partiel, pour mon simple plaisir. Une chose est sûre, j'ai complètement changé d'opinion sur les apprentissages "forcés" qui m'apparaissent maintenant beaucoup plus "nécessaires" qu'imposés.


5. L'âge légal. J'avais super hâte de pogner dix-huit ans. J'imaginais naïvement que dès que j'allais atteindre cet âge, quelque chose allait changer, quelque chose de magique allait arriver avec le changement de jour, quelque chose de spécial, de puissant, enfin, quelque chose. Quelle ne fut pas ma surprise de constater au matin de mon 18e anniversaire que tout était exactement comme avant. Aucun sentiment de puissance particulière, même que j'me sentais plutôt moche parce que j'avais viré une pas pire brosse à la téquila bang bang (tranche de vie, quel produit atrocement dégueulasse d'ailleurs, ça a dû me prendre cinq ans à daigner réessayer de boire de la téquila, pis j'me suis rendue compte qu'au final, c'est bien bon, juste pas celle-là). Faque c'est ça, avec l'âge de raison, j'me suis ben rendue compte que ça a pas d'âge, la raison.




Encore là, toutes ces affaires-là pourraient être bien différentes si j'avais choisi d'avoir des enfants. Mais comme c'est pas le cas, je vais rester en surface de même.


Du haut de mes 32 ans, j'me considère encore comme une jeunesse, de moins en moins jeune, certes, mais de plus en plus riche en savoir et en adaptations. Ce n'est pas l'âge qui fait la sagesse ni le savoir, pis je m'en rends compte maintenant. Mieux vaut tard que jamais qu'on dit, pis c'est pas mal vrai.


Vieux motard que jamais.




Sur ces douces réflexions, j'espère que tu profites bien de l'heure de plus qui t'est offerte aujourd'hui. Pour ma part, I'm sorry, I can't adult today. J'va me faire livrer du ti-poulet pis chiller en pantoufles de phentex. Être adulte, c'est aussi plate que ça.








© 2016 Manon Choquette, alias la serveuse du Nelligan's