Moé itou.

Mon wall Facebook a l'air d'un ado qui souffre d'acné sévère. Il pullule de petits abcès qu'on a juste envie de crever du bout des doigts pour faire sortir le méchant. Mon parallèle avec l'acné est peut-être un peu douteux, mais tu vois, c'est en plein comme ça que je vois ce qui se passe. Tout le monde a déjà eu un bouton douloureux et mal placé qu'il a tenté de cacher tant bien que mal avec du make-up cheap qui finalement est venu alimenter l'infection. Chaque #metoo ou #moiaussi qui s'ajoute fait grossir le moton qui s'est logé dans ma gorge plus tôt cette semaine et qui m'étouffe depuis. Ça me donne envie de crier mais ma gorge est coincée alors je fais aller mes doigts.

L'alcool aidant (bien que ça ne soit en aucun cas une excuse), dans un bar, je vois plein d'agressions diverses. J'en subis aussi. Des blagues que je ne trouve pas drôles, des contacts forcés, des avances très claires... je surf souvent sur les malaises et je fais de mon mieux pour garder la tête hors de l'eau en toutes circonstances. Je suis serveuse, pas servante et le pourboire qui m'est remis ne signifie en aucun cas que je suis un objet monnayable.



C'est pas facile d'admettre quelque chose qu'on a toujours su, mais qu'on ne s'est jamais vraiment avoué : Les victimes d'agressions sexuelles sont nombreuses, très nombreuses. J'en suis venue à me dire que chaque personne, genre et orientation confondus, a déjà été victime ou sera éventuellement victime d'une agression à caractère sexuel pis ça me bouleverse.


Un conjoint qui n'accepte pas le refus, un inconnu trop insistant, un ami que tu croyais sincère. Des mots, des contacts, des regards. Le plus dégueulasse? Ces agressions viennent plus souvent qu'autrement de gens que tu aimes, ceux qui sont près de toi, ceux à qui tu offres quelques morceaux de ton intimité, ceux avec qui tu baisses ta garde. C'est d'ailleurs assez révélateur d'avoir besoin d'une "garde" dès que tu sors de chez toi, pour te protéger de ce qui t'entoure, c'est un sérieux problème.



Des centaines de milliers de femmes ont été entendues, mais il reste encore du chemin à faire. C'est pas juste une affaire de femme, c'est une infection généralisée. L'agression a plus à voir avec la domination de l'autre qu'avec le sexe en soit.


Certains affirment qu'il s'agit d'une chasse aux sorcières et tentent ainsi de diminuer la valeur des dénonciations ou d'en banaliser l'importance. Je pense que le mal est bien là, bien réel et qu'il a tiré un peu trop sur l'élastique jusqu'à le faire péter. Pourquoi les victimes n'ont pas dénoncé leurs agresseurs avant? Simplement parce que c'est pas une chose facile à faire, parce que c'est douloureux, parce qu'on préférerait oublier, parce qu'on a honte, parce qu'on se ment un peu à soi-même en se disant que c'est pas si grave au fond, parce qu'on se sent coupable, parce qu'on veut se rassurer, parce qu'on est blessé, qu'on se sent sale pis qu'on a peur.



Ça prend des couilles pour dénoncer une agression sexuelle. C'est tellement vicieux. Alors que l'agresseur est bien confiant, la victime est quant à elle remplie de doute. Si j'avais fait les choses différemment peut-être que ça ne serait pas arrivé, c'est un peu ma faute, j'ai peut-être envoyé des mauvais signaux, j'aurais peut-être pas dû... À défaut d'avoir eu peur avant, j'imagine que bien des agresseurs tremblent présentement dans leur petites shorts. Même si j'aime pas me réjouir du malheur des autres, ça me fait du bien d'imaginer tous ces salauds qui angoissent en se demandant quand est-ce que leur histoire va sortir au grand jour.


Ça me fait du bien de voir qu'il y a des conséquences directes pour les agresseurs pis que les dénonciations ne sont pas vaines, mais en même temps j'ai un doute. Au Québec, on a une bien belle qualité qui s'avère également être un bien vilain défaut. Contrairement à la devise sur nos plaques de chars, nous autres, on oublie vite. J'me demande dans combien de temps on va passer à un autre hashtag, j'me demande dans combien de temps Éric Salvail va revenir sur nos écrans, j'me demande dans combien de temps on va oublier c'qui vient de se passer.




J'dis pas qui faudrait jamais pardonner, y'a pas pire façon de vivre que d'être bourré de haine. Je pense seulement que le pardon n'arrive pas toujours parce que les autres le méritent, mais plutôt parce que nous-même, on mérite la paix.


On a du travail à faire en titi. Faudrait arrêter de se comparer à pire que nous pour se rassurer en se disant "J'suis pas si pire au fond" pis intervenir quand nous sommes témoins d'abus. Parlons-en ouvertement, partageons nos histoires, réfléchissons à nos comportements individuels et collectifs.


"Et puis ce que l'on appelle un viol ne cible pas uniquement le corps. Les violences ne prennent pas toujours une forme visible. Les plaies ne font pas toujours couler du sang." - Haruki Murakami


À toutes les victimes qui ont eu le courage de dénoncer, j'admire votre force. Est-ce que les dénonciations massives vont empêcher de futures agressions? Malheureusement, je ne crois pas, mais au moins, on aura eu droit à un break, pis c'est toujours ben ça de pris.










© 2016 Manon Choquette, alias la serveuse du Nelligan's