Vomir sans dégât.

J'te le dis tout de suite, si t'as le coeur sensible, mon billet du jour est peut-être pas la première lecture que tu devrais faire en buvant ton café. C'est aujourd'hui que j'te vide mon sac à propos d'un sujet délicat. Pis mon sac il contient du ... vomi! J'le sais, c'est pas très ragoûtant, mais tu vois, c'est inévitable dans un bar, y'a toujours des incidents pis ça fait assez longtemps que j'évite le sujet, c'est aujourd'hui que ça se passe.


Si t'as jamais travaillé dans un bar, tu vas peut-être me dire qu'on devrait le voir venir pis que si on est prudent, on doit pouvoir intervenir avant que ça dégénère. Ça, c'est dans l'imaginaire collectif. Règle générale, c'est quand même ça qui arrive. On contrôle le débit, on arrête de servir les gens intoxiqués, mais tu sais bien que toute généralité a ses exceptions. Y'a malheureusement d'autres fois plus spontanées et inexplicables que personne ne peut venir voir d'avance. Du monde qui ont l'air ben corrects mais qui soudainement se mettent à gerber sans que personne ne sache trop comment réagir. Ça dérange tout le monde, qu'on se le dise, personne aime ça le vomi.


Pour éviter ce genre de situation, j'ai quelques petits trucs et conseils pour toi. Tu vas voir, ce sont des choses qui sont à ta portée, pas besoin d'être un surhomme pour éviter la catastrophe.



Manges. Nourris-toi viarge. Quand tu manges pas de la journée pis que tu sors pareille le soir, tu vires chaud raide au bout d'une pinte, pis après tu te gères pu, tu black out, pis plus souvent qu'autrement, tu finis à jaser avec le grand téléphone blanc pendant que tes amis scrappent leur soirée pour te surveiller pis s'assurer que t'es pas en train de t'étouffer entre deux petits rots mouillés.


Bois de l'eau. Souviens-toi, t'es un concombre géant, genre. T'es composé à 70% d'eau (je sais, le concombre en contient plus, mais c'est une image làààà), pis pour te sentir bien pis que tes organes soient heureux comme des petits poissons dans l'eau (oh! que j'ai l'esprit vif) il faut que tu maintiennes ça. Le problème avec l'alcool c'est que ça déshydrate, pis évidemment, plus t'en bois, pis plus tu te déshydrates, mais comme plus t'en bois pis plus tu deviens chaud, ben plus t'en bois pis plus tu t'en sacres d'être déshydraté. Pour remédier à ça sans hypothéquer ton plaisir, essaye de prendre un verre d'eau de temps en temps, genre quand t'as plus rien d'alcoolisé à boire, avant de recommander autre chose, bois-donc un peu d'eau. Juste ça, ça a l'air ben niaiseux, mais ça fait des miracles, pis ça peut également t'éviter un fichu mal de tête.



Slaque le beat. Ton ami a commandé une tournée de shooters pour ta table, ça fait que t'as eu l'idée d'en commander une autre pour le remercier, pis visiblement, tes amis aussi ont eu la même idée parce que ça fait 3 Jameson en ligne que tu t'enfiles. Sur le coup c'est pas si pire, tu grimaces un peu mais ça passe avec une petite gorgée de bière (sublime stratégie). Ça va se corser par exemple, quand ton corps va absorber tout cet alcool là pis le redistribuer dans ton sang comme des petites mines antipersonnel. BOOM. J'espère que tu vas être bien groundé, parce que c'est le genre de truc qui peut te donner le tournis en moins de deux.


Écoute ton corps. Il te parle. Il t'envoie des signes. C'est une machine vraiment bien faite. Au lieu de te laisser mourir en absorbant tout ce que tu lui balances, des fois ton estomac décide de faire un auto-eject. Y devrait y'avoir une alarme qui retenti dans ta tête quand tes molaires commencent à tremper dans le jus, RED ALERT, lève-toi, va à la salle de bain, dehors, je sais pas trop, mais rapproche-toi d'un endroit frais et approprié en cas d'évacuation massive de tout ton contenu. Tsé, l'hyper-salivation, c'est un signe avant coureur d'un bon petit refoulement gastrique. La pensée magique est complètement inutile, même si tu l'ignores, shit gets real.



Si toutefois tu omets de suivre mes judicieux conseils et qu'arrive l'inévitable, tu peux identifier ton dégât. Non mais tsé, tant qu'à t'écoeurer aujourd'hui, j'ferai pas les choses à moitié.


Le geyser. Celui que tu sens monter de ta chambre magmatique stomacale jusqu'à ton cratère volcanique oral, il te ravage l'intérieur comme de la lave. Brûlant, puissant, surprenant, intense, explosif. Je t'en supplie, fais-moi pas ça sur le comptoir.



Le spray pas net. C'est celui que ta bouche refuse systématiquement de laisser sortir. Tes dents se serrent, tes lèvres les accompagnent, mais tes clapets s'en foutent complètement et envoie la sauce à pleine puissance. Résultat? Devant tant d'effort de contention de ta part, ça part de tous les côtés en fines gouttelettes. Non, tu n'es pas un artiste cracheur de feu, t'es juste fucking dégueulasse.



Le repas complet. As-tu déjà regardé manger un canard? Tsé, ça "gobe", ça mâche pas, parce que ça a pas vraiment de dents, un canard. Mais toi là, t'en as. Faque quand je vois ressortir ton steak en un morceau, ou que je peux encore voir les frites, les crottes de fromage pis l'extra saucisses que t'avais demandé dans ta poutine, j'me dis que t'aurais pu t'aider à mieux digérer en mastiquant rien qu'un peu plus. Just saying, c'est pas moins dégoûtant parce que ça a encore l'air d'un repas.


L'infini. T'as probablement vu le film Team America. Quand c'est sorti en 2004 ça a fait fureur. Y'a même quelques scènes que je regarde encore à l'occasion, et celle où on voit la "marionnette principale" sortir du bar et vomir dans la ruelle en fait partie. Je pense que j'ai fait valoir mon point, j'ai pas besoin d'expliquer plus, une image (ou dans ce cas-ci 30 images seconde) vaut mille mot.


Le tourbillon. Aucune idée de comment ce genre de truc peut arriver, mais je vais être créative en me disant que t'as soudainement eu envie de vomir et que tu as cherché vraiment longtemps un endroit safe pour le faire, si bien que tu as tourné sur toi-même à la recherche d'une issue, mais en vain. Résultat? Y'en a sur les murs, sur le plancher, sur les chaises, les tables, pis une chance que le plafond du Nell est bien haut, parce qu'il y en aurait simplement partout. Ça, c'est NON! Come on, limite les dégâts, si t'es déjà en train de te vider pis que tu vois ben que tu te rendras pas à un endroit intelligent (si une telle chose existe), reste donc où t'es. Ça sera moins chiant à ramasser si c'est localisé.


Le petit poucet. On peut te suivre à la trace, mais on te voit déjà pu. T'aurais dû faire comme dans le conte et laisser des petites roches au lieu de te répandre personnellement en t'enfuyant.



La galette invisible. Tu penses que personnes t'as vu, pis t'as pas tout à fait tort. Mais dis-toi qu'à défaut de te voir, on te sent. Ça me dépasse que tu puisses laisser ta trace dans un coin en pensant que personne se rendra compte de rien alors que visiblement, tu pourris de l'intérieur. Le problème avec ça, c'est que les douces effluves de gerbes que tu a laissé derrière vont en inspirer d'autres. Yé! Super soirée en perspective pour le staff.


Assez d'écoeuranteries pour aujourd'hui, mais ça fait vraiment du bien de vider mon sac. J'espère que j'ai pas trop scrappé ta matinée avec mes histoires, pis j'espère que si c'est le cas tu vas me pardonner rapidement. Promis, la semaine prochaine j'évite les saloperies!


Que ton dimanche en soit un sans débordement ;) xxx

© 2016 Manon Choquette, alias la serveuse du Nelligan's