Parler baguette

Au cours des dernières années, mon cercle d'amis s'est enrichi grandement. Naturellement, des personnes bien différentes s'y sont ajoutées et m'ont permis d'élargir mes horizons sur un paquet de points variés. J'suis in love avec les humains, rien de nouveau là-dedans, mais récemment, pour une raison que j'ignore, les français abondent dans ma vie.


Qu'ils ne soient que de passage le temps d'un voyage dans la capitale ou qu'ils soient venus s'installer de façon temporaire ou permanente, ils apportent avec eux coutumes, valeurs et perspectives variées. Mon billet du jour est consacré à nos cousins “les baguettes”. C'est d'même que j’appelle mes amis français, pis heureusement qu'ils ont un bon sens de l'humour parce d'autres fois on lésine pas avec les mots.




Les “maudits français”, j'les aime bien. Bon, c'est sûr qu'au premier abord, cette appellation ne semble pas bien aimable. Par contre, je t'assure que quand ils sortent de ma bouche, ces mots sont supportés par un shitload d'amour. Loin de moi l'idée de croire qu'ils sont réellement maudits, désagréables ou je ne sais quoi. Anyways, ceux qui se rendent jusqu'ici sont plus souvent qu'autrement bien ouverts. Déjà, s'ils choisissent de quitter leur pays pour s'installer dans le nôtre, c'est une belle preuve d'ouverture.


T'as sûrement remarqué que certains mots de notre vocabulaire, bien qu'on parle la même langue à la base, diffèrent beaucoup. C'est pas pour rien que dans les premières semaines, on a souvent du mal à se comprendre. Tout dépendant de leur région d'origine et de leur accent, ils auront plus ou moins de facilité à comprendre le nôtre (si tu penses que t'as pas d'accent, t'es dans le champ, peu importe qui tu es, que ça soit bien clair, t'as un accent okay?). Soyons indulgents, parlons lentement et soyons patients. C'est la clé de l'amitié (pas nécessairement de parler lentement, mais bien entendu d'être patient et réceptif).


Pour t'aider dans ta quête, voici les mots les plus critiques à utiliser dans tes conversations, parce qu'ils n'ont pas du tout la même connotation chez nos cousins. Dans l'optique de faciliter tes rapprochements, je fais le point avec toi.




Français. Quand un québécois dit ça, il englobe souvent les européens francophones, sans toutefois y faire de nuance entre les français, les belges, les suisses, etc. Il faut donc comprendre que nos cousins nous reprennent lorsqu'on bafoue leurs origines de la sorte. C'est pas nécessairement du même ordre parce que c'est pas erroné dans leur cas, mais j'imagine que c'est la même chose quand on se fait dire qu'on est canadien au lieu de québécois. On fini souvent par dire “chu québécois” pis le Québec est même pas un pays, tsé.


Foufoune. C'est sans doute le plus épique de tous. Ici, quand on dit le mot foufoune, ça désigne les fesses. D'ailleurs, on dit souvent “les foufounes” au pluriel, parce que tsé, on en a deux. Là où le bât blesse, c'est que chez nos cousins, la foufoune, c'est la vulve. On s'entend tu que quand on raconte une histoire qui dit “Faque j'y ai tapé la foufoune pis on a ri”, ça peut occasionner des images mentales troublantes pour eux. (Je suis actuellement morte de rire, ça me fait toujours rigoler les blagues de fesses.)




Blonde. Ça pour nous, c'est une affaire de couple. On dit “ma blonde, mon chum”. Bon, celle-là est moins surprenante, mais pour nos cousins français, une blonde, c'est relié aux femmes sottes dont on parle dans les blagues faciles de blondes (et non pas d'une joke de blonde facile, je précise). Eux, ils utilisent l'expression “petite amie” qui n'a évidemment rien à voir avec une amie de petite taille.


Bibite. Pour nous c'est un insecte. Pour eux c'est un petit pénis. Faque quand tu dis “j'me suis réveillé avec une bibite dans la bouche, j'ai failli l'avaler” ça pourrait provoquer un fou rire.


Culotte. Nous autres on se met des culottes, pis eux aussi, mais on se les met pas de la même façon. Pour nous, des culottes (au pluriel d'ailleurs) ce sont des pantalons. Pour eux, ce sont des sous-vêtements. Tsé, des bobettes, mais pas des boxers, parce que ça pour eux, c'est des caleçons. Sait-on jamais, ça pourrait t'éviter bien des confusions de savoir ça.




Camisole. On en porte tous l'été, mais pour eux c'est pas relié aux canicules, c'est plutôt relié aux hopitaux psychiatriques. Dans le genre camisole de force. Si ton copain français te dit que tu devrais mettre une camisole, c'est probablement pas pour mettre tes formes en valeur. Si c'était le cas, il parlerait plutôt d'un débardeur. Haha.


Gosse. C'est un grand classique. Pour eux, des gosses ce sont des enfants. Pour nous, des gosses c'est des testictules, des couilles, des balls. Pas étonnant que si tu demandes à ton ami si tu peux apporter tes gosses à son épluchette de blé d'inde, il te demande comment tu planifiais de faire autrement. “Non, je préfère que tu les laisses chez toi”, ouch!


Linge. Quand on dit “j'va aller m'acheter du linge”, on veut parler de s'acheter de nouveaux vêtements. Nos cousins, s'ils parlent de linge, parlent plutôt de linge à vaisselle, de torchon ou de serviette.


Liqueur. Pour eux, c'est de l'alcool uniquement. Pour nous, c'est de l'alcool, mais plus souvent qu'autrement on utilise le mot pour désigner les boissons gazeuses. Ça se pourrait qu'on te regarde de travers quand tu dis que ton kid a bu 3 liqueurs dans la journée pis qu'il était plus tenable quand t'as essayé de le mettre au lit.




Kangouru. Quand on entend ça, on pense généralement à l'animal emblématique de l'Australie. Pour nos cousins français, un kangourou ça peut se porter au quotidien et c'est ce que nous on appelle un hoodie, un chandail à capuche, bref, un vêtement que tu portes pour te garder au chaud et qui n'a rien à voir avec l'animal à la poche ventrale. Parlant de poche ventrale, je suis sûre que tu comprends que le lien est justement là.


Brosse. On utilise ce mot de façon classique pour désigner l'objet servant à se coiffer, mais nous on l'utilise aussi pour désigner nos soirées bien alcoolisées. Quand tu racontes à un français que t'as le teint pâle parce que t'as viré une brosse, si ça fait pas très longtemps qu'il est au Québec, ça se pourrait qu'il comprenne pas pourquoi ça t'a donné une face de cadavre à ce point. À titre indicatif, eux, ils disent "une cuite" au lieu de "une brosse".




Y'a évidemment un paquet d'autres mots auxquels je n'ai pas pensé, mais dis-toi qu'avec ceux-là t'as déjà une bonne base pour éviter les problèmes de communication. Évidemment, faudra que tu fasses un petit effort pour expliquer tes culturalismes, régionalismes et expressions courantes, surtout si tu viens d'un endroit un peu reculé. Le Québec est si vaste qu'on peut changer de vocabulaire simplement en changeant de ville. Pas étonnant que nos cousins les baguettes aient parfois de la difficulté à s'y retrouver!

À tous les français qui agrémentent ma vie, aux nouveaux arrivés autant qu'aux vieux copains qui se sont enracinés ici et ont fait du Québec leur maison, merci d'avoir eu le guts de traverser l'océan pis d'être venus vous geler le cul avec nous autres. C'est bien enrichissant de vous côtoyer!









© 2016 Manon Choquette, alias la serveuse du Nelligan's