Peureux et peureuses.

Cette semaine ça jase dans la Capitale. J'ai croisé des gens vraiment inquiets de la montée de l'extrême droite, pis j'ai senti des tensions qui m'ont un peu virées à l'envers. À l'heure où j'écris ces mots, je sais déjà qu'on aura pas un petit dimanche tranquille. Si t'es pas déjà au courant, y'a deux manifestations qui sont prévues à Québec aujourd'hui. L'une pro-immigration, et l'autre anti-immigration. J'voudrais surtout pas attirer le malheur, mais y'a comme un petit quelque chose qui me dit qu'on a là une excellente recette pour que ça pète.




J'me considère chanceuse, je suis née dans une famille aimante, pas riche mais pas trop pauvre, dans un pays en paix pis j'ai eu droit à une bonne éducation. Comme toi, j'espère. Dans le fin fond de mon Abitibi natale, y'avait pas ben ben de variété. C'tait limite plate notre affaire, tous pareils, tous blancs, tous francophones. J'ai quand même appris bien jeune l'importance de respecter les différences, pis au-delà du respect, j'ai également appris à les apprécier.


Cette semaine en flânant sur Facebook, j'ai vu passer une image qui m'a fâchée. C'était un de mes contacts qui avait partagé la fameuse "lettre" qui raconte que les réfugiés reçoivent le double d'aide financière de notre gouvernement que les aînés (Clique ici si tu veux un reportage pertinent sur le sujet). Ça m'a écoeuré. Pas parce que j'y ai cru, mais parce que c'te genre d'affaire haineuse-là circule parmi mes "amis". À travers les propos racistes des animateurs de radios pis l'émergence de groupes extrémistes sur les réseaux sociaux et dans la rue, la haine est en train de se tailler une place de choix parmi nous.


Si tu veux connaître l'origine de ça, va voir ici. C'est évidemment complètement faux...




On ne choisi pas de naître. On ne choisi pas le corps qui nous reçoit. On ne choisi pas où on naît, ni dans quelles conditions. On ne choisi rien de tout ça, ça fait que de quel droit est-ce qu'on peut se permettre de se prétendre mieux que les autres? Quand je pense qu'on a même pas idée de combien de temps on va être sur terre, j'me dis que ça serait ben stupide de gâcher une seule minute en s'emplissant de haine.


Messemble que c'est pas sorcier. Y'a du monde qui crèvent dans leur misère, pis nous autres on pourrait changer ça sans trop d'effort, juste en leur faisant un peu de place chez nous. On s'entend tu que la place au Québec, c'est pas ça qui manque. Qu'est-ce qu'on a à y perdre? Y'a des papas, des mamans, des enfants. Des gars pis des filles, pareille comme icitte. Que j'en entende pas un me dire "ils nous volent nos jobs", parce que si y'a une chose dont je suis bien certaine, c'est que d'la job, y'en a toujours en masse pour ceux qui veulent vraiment travailler. Argument pourri.




J'ai bien aimé la publication de Karim Ouellet qui disait "... Les racistes n'ont même plus honte. Les misogynes n'ont même plus honte. Les homophobes n'ont même plus honte. Tristes pantins influençables. Postez plutôt votre support à l'amour et la lumière. Je n'ai pas oublié le visage de mon père. Je n'ai pas oublié le visage de ma mère. Mes parents sont blancs. Je suis noir. On se câliss de ça nous autres. La haine n'a créé que des problèmes en ce monde, elle n'en a réglé aucun..."


J'ai mal à mon Québec. Ostie qu'on est peureux. La moindre petite affaire inconnue qui nous arrive pis on tremble dans nos petites shorts. On fuit la nouveauté comme la peste pis on se prétend évolués avec nos vieilles idéologies débiles. Quand on a peur, au lieu d'essayer de comprendre pourquoi pis de s'instruire davantage, on devient haineux parce que c'est ben trop forçant d'essayer de se mettre à la place des autres. Ça demande de l'ouverture pis confortablement installés comme on l'est, on est pas prêts à ça pantoute. À la place on se crêpe le chignon pis on chiale au moindre changement parce qu'on a peur. Oui, on a peur.




Tu ferais quoi toi, si les conditions de vie de ton pays étaient invivables? Si ta vie était plutôt de la survie qu'autre chose, si t'avais peur pour ta famille, pour les gens que t'aimes, pour toi-même? T'aimerais pas ça être accueilli ailleurs, à bras ouverts, sans te faire persécuter ou lancer des roches? T'aimerais pas ça avoir l'opportunité de juste vivre autre chose?


J'suis peut-être une grande naïve, mais j'pense que si t'étais dans marde, t'aimerais ça avoir une issue toi aussi. Tu sais ce qu'on dit? Faut faire aux autres ce qu'on veut se faire faire... Ça fait que là, arrête de te regarder le nombril deux minutes, tiens-toi deboute un peu pis arrête d'avoir peur de toute. Fais un homme de toé, pour l'amour du ciel.




J'le sais que t'as tout ce qu'il faut en dedans de toi,

Partage, entraide, paix et amour.







© 2016 Manon Choquette, alias la serveuse du Nelligan's