Se tenir debout

T'as le motton en quasi-permanence (quand t'es pas en train de te noyer dans tes propres larmes), tu y penses 12986 fois par jour, t'as l'impression que la douleur passera jamais pis par moment, tu te demandes sincèrement si tu vas t'en remettre. T'as perdu quelqu'un que t'affectionnais, pis là c'est toi qui est complètement perdu. Peut-être que c'est pas quelqu'un que t'as perdu, mais plutôt un rêve que tu chérissais et qui ne se réalisera pas, que tu dois te rendre à l'évidence, pis c'est pas facile à accepter. Peut-être même que c'est une séparation que tu vis, que personne ou rien n'est disparu, mais que tu dois quand même apprendre à te passer d'un gros morceau de ton bonheur en attendant que ça se place.



Un jour ou l'autre, on a tous à vivre un deuil. Que ça soit arrivé tout d'un coup ou que tu l'aies vu venir d'avance, ça fesse. On a beau dire "ce qui nous tue pas nous rend plus fort", des fois j'aurais plus envie de dire "ce qui nous tue pas nous fait quand même fucking mal". T'as beau te répéter que tu vas aller mieux bientôt, on dirait que le message se rend pas jusqu'à la section de ton cerveau qui sert à te convaincre.


Chaque deuil est différent, mais en même temps y'a des choses qui sont récurrentes. Au début tu te dis que c'est pas vrai, que ça se peut pas, que t'as dû mal comprendre quelque chose, que quelqu'un va te réveiller pis te dire que tu faisais un cauchemar, que... Bref, t'es dans le déni, t'es sous le choc. Quand tu vas réaliser que c'est bel et bien réel, tu vas probablement sauter un plomb. Tu vas te demander pourquoi ça arrive comme ça, trouver ça totalement injuste pis incompréhensible. Après cette colère-là, on dirait que tu pognes une vague de culpabilité qui te fait flirter avec le déni à nouveau. Tu te dis que si t'avais fait des choses autrement ou si t'avais fait plus d'efforts peut-être que t'en serais pas là. Tu regrettes de ne pas avoir profité assez des beaux moments, tellement que tu en oublies les moins bons. C'est le pire bout, je trouve. C'est là que t'as vraiment mal, que t'es super triste pis que tu déprimes ta vie. Pour ajouter aux désagréments, t'as aucune idée de combien de temps ça va prendre avant que ça passe, pis c'est difficile.




Pour t'aider à rester accroché en ces moments difficiles, j'ai quelques petits trucs pour toi.


Tout d'abord, il faut que tu t'exprimes. Tu dois en parler. Je sais que t'as pas envie, que tu veux pas avoir l'air d'une chochotte, que t'es pas pire mêlé pis que tu sais même pas comment tu te sens vraiment, mais peu importe, exprime-toi. Tes amis te trouveront pas plates, ils vont comprendre pis t'écouter. Tu dois aussi être indulgent avec toi-même. Ça prend le temps que ça prend ces affaires-là, met-toi pas de pression supplémentaire, t'en as déjà bien assez de dealer avec ta perte. Donne-toi le droit de vivre tes émotions, accepte-les.




C'est pas toi qui vis le deuil pis tu sais pas quoi faire pour aider? Parfois, une présence silencieuse est plus puissante qu'un million de mots vides. Sois présent. Tu sais pas quoi dire? Dis rien. C'est pas grave. Prends des nouvelles souvent, tu pourrais faire plus de bien que tu ne l'imagines.


Si t'es moins chanceux, pis que t'as pas vraiment d'amis proches ou de famille pour en discuter, tu dois savoir qu'il existe des professionnels pour t'aider. Y'a même des cercles de soutien avec plein de gens qui vivent des choses similaires, reste surtout pas tout seul, brise l'isolement. Si t'as besoin des coordonnées, tu peux consulter cette page pour la Capitale Nationale.




Fais un bilan. Essaie de tirer des leçons. C'est pas évident sur le coup, mais y'a forcément quelque chose à retenir. Si tu trouves rien, c'est parce que t'as pas cherché assez fort. Y'a toujours quelque chose à apprendre, pis tu vas te connaître encore mieux qu'avant.


Repose-toi. Tu dors peut-être pas super bien, alors raison de plus pour être vigilent. Quand t'es fatigué, tout semble pire. Fais un effort particulier pour bien te nourrir. J'imagine que t'as pas d'appétit, alors aussi bien que le peu d'aliment que tu ingères en vaille la peine.


Fais-toi plaisir. Planifie une sortie, une gâterie, achète-toi une nouvelle paire de bottes, va faire laver ton char, fais-toi venir du ti-poulet, pars en voyage, écoute ton film préféré, regarde le jour se lever, apporte-toi une coupe de vin dans ton bain, plonge ton esprit dans un roman, va au cinéma... n'importe quoi qui te fait du bien, fais-le (on s'entend là, dans la mesure où ça ne fait de mal à personne okay?).




Quand tu seras un peu plus solide (même si t'as l'impression que ça arrivera jamais, on le sait tous les deux que tu vas reprendre du mieux) fixe-toi des nouveaux objectifs. Mine de rien, ça va te donner envie d'avancer, ça va te permettre de regarder en avant pis la première affaire que tu vas te rendre compte, c'est que t'as fait du chemin, pis que t'es presque bien, presque.


Oublie jamais que t'es beau, t'es bon, pis t'es capable.

Much love.








© 2016 Manon Choquette, alias la serveuse du Nelligan's