Démasqué!

Salut à toi qui fréquente mon bar. Je sais pas t'es qui, mais je sais que t'es un barman toi aussi. Je t'ai vu faire, tsé. J'ai tout de suite remarqué tes petites attentions qui me facilitent la vie. J'imagine qu'on est tous un peu comme ça, même quand on travaille pas, on est toujours on duty quelque part en dedans. Peut-être même que ça fait un bail que t'es pu barman, mais que t'as gardé tes vieilles habitudes. Tout ça pour dire que ça paraît, pis j'hais pas ça pantoute.


Voici les choses qui trahissent ton métier, quand t'es off mais que tu traînes dans un bar quand même.



Tu ramasses. Non seulement tu rapportes ton verre pis peut-être même ceux de tes chums, mais en plus, tu ramasses les autres traîneries qui sont sur ton passage. On va se le dire, y'a pas beaucoup de clients qui ont comme souci de débarrasser les tables voisines quand elles se libèrent. C'était pas plus long que tu me dis, pis anyways fallait que t'ailles à la toilette alors aussi bien rendre service en passant par là.


Tu ranges. Tu vas même replacer mon ardoise qui est un peu croche, ma pile de napkins, pis celle des sous-verres... Bref, tu remarques ce qui est de travers et tu le replaces sans te questionner, ça se fait tout seul genre. Si j'te pogne à replacer mes chaises, mettons que j'ai très peu de doutes sur le métier que tu exerces.



Tu tip bien. Tu laisses toujours un pourboire généreux. Tu le fais de bon coeur en plus, ça se voit tout de suite. Tu payes cash, évidemment, pis t'as toujours un paquet de petite monnaie qui traîne dans tes poches. T'en profites pour me gâter au passage. C'est nice, à cause de toi j'aurai peut-être pas besoin d'aller à la caisse me faire faire du change cette semaine.


T'es super patient. Tu t'offenses pas si les gens te bousculent, t'attends sagement ton tour sans dire un mot. J'ambitionne pas non plus, je sais que la patience est une magnifique qualité, mais je ne veux surtout pas en abuser. Anyways t'es ben trop smatte pour que je te fasse attendre plus longtemps. Quand je t'ai vu être si bien élevé, j'me suis ben juré de pas te faire glander.



Tu te gères. T'as beau avoir participé à toutes les tournées de shooters que tes chums ont pris, t'es encore ben drette. T'es même en train de te demander si tu devrais pas reconduire ton amie chez elle avant qu'elle ne se répande sur ta table ou qu'elle ne remonte ses collants par dessus sa robe en allant faire pipi. Ça fait trois fois que j't'entends dire à ton ami un peu trop primitif de baisser le ton parce que ça dérange le monde autour, pis j'ai même pas eu besoin de répondre "non" aux demandes musicales spéciales de ton groupe, tu t'en es chargé toi même en leur faisant remarquer que c'était une mauvaise idée de commencer ça parce que ça arrêterait pu après.


Tu verses les liquides comme un pro. Même le damné premier verre du pichet, celui qui est voué à brouter en fou, tu le verses comme un expert. Tu gâtes même tes amis, c'est toi qui prends le contrôle du service à ta table pis personne ne manque de rien.



Tu niaises pas. Tu sais ce que tu veux, ça te prend pas mille ans à commander. T'es très compréhensif mais t'es aussi exigeant. On t'en passera pas une petite vite sans que tu t'en aperçoive. Si t'as commandé une Harp pis qu'on te sert une Sapporo, tu vas t'en rendre compte. Tu connais ta gear, c'est pas vrai qu'une blonde c'est juste une blonde. Tu remarques les subtiles nuances des produits, même à l'oeil tu peux faire la différence.


Hyperactivité oculaire. Tu sais combien il y a de sorties de secours, combien de clients sont assis au bar, tu sais que le popcorn est en train de brûler dans la machine au coin à gauche, que le gars qui descend l'escalier est pas mal chaud parce qu'il bounce en se tenant après la rampe pis t'as aussi vu les deux amoureux qui se taponnent au bar et tu commences à te dire qu'ils sont dus pour se louer une chambre. Y'a rien qui t'échappe.



Tu sais exactement combien on doit te rendre de monnaie. T'as eu le temps de calculer le pourboire, d'additionner toutes tes consommations pis tu sais exactement quelle somme on te doit. Tu peux même m'aider quand tu remarques que je suis un peu mêlée dans mes chiffres. T'es vraiment avenant.


T'as toujours un ouvre-bouteille sur toi. Aucune idée pourquoi tu le traînes en permanence, mais tu l'as toujours avec toi. Pourtant dans ton bar, y'a que de la bière en fût, mais pour une raison obscure, tu peux pas t'en séparer pareille.



Bon okay, peut-être que tu fais tout ça déjà mais que t'es pas barman pantoute. Pis si tu le fais, c'est probablement bien apprécié de ton entourage... Si jamais c'est pas le cas, tu sais vers quel bar te diriger !


Bon dimanche,

Love



© 2016 Manon Choquette, alias la serveuse du Nelligan's