Daltonisme du coeur.

La semaine dernière, la capitale vivait un drame. On vivait un drame. Chu sûre que tu l'as vécu toi aussi, à ta manière, avec tout ce que ça implique selon la perspective que t'as.




Cette semaine, même si ça fait plein de fois que je t'écris des choses insignifiantes, je me suis demandé profondément de quoi je devais traiter. Pour la première fois, j'ai eu un gros doute sur ce que je devais écrire. J'ai déjà quelques billets en banque, mais il me semblait que peu importe ce que j'allais publier, rien n'aurait d'impact avec les gros événements qui sont arrivés. J'ai songé à éviter le sujet, mais je ne suis pas une autruche. Je me suis dit que la seule chose qui pourrait peut-être faire du sens à travers tout ça, c'était l'amour.


L'amour ça fait toujours du sens (oui, je sais, c'est un anglicisme, it makes sense), mais je le pense vraiment. Tu sais déjà que je suis une fille un peu cheesy sur les bords, que j'ai l'esprit romantique et le coeur grand comme le monde.



J'aurais donc voulu t'écrire un poème, parce que mon esprit classique (okay, j'suis pas siiii classique) trouve encore que ça exprime trop bien les sentiments. Mais je ne suis pas poète. Je ne suis même pas écrivaine. Pourtant, je réussi à me faire lire chaque semaine. J'ai donc décidé de partager une petite réflexion.

Cette semaine au lieu d'avoir l'âme en paix, j'ai eu l'âme en peine. Ça m'a semblé irréel. Ça m'a fait profondément mal ce qui est arrivé à des gens qui priaient en paix, chez eux (oui, le Québec c'est la maison des humains qui y habitent). J'étais ben effoirée dans mon divan quand la nouvelle s'est mise à circuler. Un tireur venait de faire feu dans une mosquée de Ste-Foy, dans ma ville, chez moi, chez nous. J'ai pleuré. Tout le monde s'étonnait que ça arrive ici, dans la capitale paisible. Pourtant chaque jour ou presque, on entendait des discours haineux se propager un peu partout. La différence ça fait vraiment peur quand on est pas sûr de soi. C'est facile de transformer l'ignorance en peur, puis ultimement, en action extrême.




Je ne connaissais pas le tireur, je ne sais pas ce qui s'est passé dans sa tête et honnêtement, je ne veux pas comprendre. Si je comprenais, j'aurais peur. Je suis une peureuse, j'ai peur de la violence. Je hais la haine. Mais en même temps, je veux être courageuse, parce que ça prend beaucoup de courage pour aimer.


Un client est venu me voir cette semaine (c'était la première fois que je le voyais) et après avoir discuté un peu, il m'a questionné (salut Patrice!)


Lui : Quelle est la différence entre la haine et l'amour?

Moi : L'intention.

Lui : Quand tu aimes, tu veux le bien de tout le monde, quand tu hais, tu veux le mal de tout le monde.


Je vais reprendre les mots de Marc Cassivi dans la presse (partiellement, du moins) "Je suis athée. Ma religion, si on veut me réduire à mon tour au cliché, c’est l’amour. Je me range avec Gandhi. Une caricature de gauchiste bien-pensant qui défend des valeurs humanistes. Et qui ne souhaite qu’une chose en ce début d’année : qu’on nous sacre la paix." (pour l'article complet c'est ici)


Je suis daltonienne du coeur. Pour moi, que tu sois noir, jaune, brun, rouge, mauve avec des picots verts, j'en ai rien à battre. Si tu aimes, je t'aime aussi. Si tu t'accomplis en apportant le bonheur aux gens qui t'entourent, je suis de ton côté. Je persiste à croire, malgré toute la laideur du monde, que les personnes lumières existent et qu'elles sont ici pour aimer. Ça, c'est plus que beau, c'est magnifique.


Je suis forcée d'admettre que rien n'a jamais fait autant de morts que la religion. Les conflits, malheureusement, proviennent souvent de l'ignorance qui, mélangée à la peur induit la haine et la violence. On tolère des propos haineux, au détriment de nos croyances, juste pour se mettre personne à dos. On a peur de dire "stop", "arrête", "non" et de dénoncer. Dire non, c'est difficile. Respecter la différence, c'est difficile aussi, ça fait peur.




J'en ai absolument rien à foutre qu'on ne soit pas d'accord sur nos croyances. Je trouve même ça enrichissant de pouvoir en discuter avec toi, même si on a pas du tout le même opinion. C'est correct tsé, j'te demanderai jamais d'être d'accord avec ma façon de penser. Cependant, il y a une chose dont j'ai besoin, c'est qu'on puisse s'en parler dans le respect. Les mots sont une arme redoutable pour transmettre l'amour ou la haine. Choisis les bien. Une fois qu'ils sont dits, tu ne peux plus jamais les reprendre, pire que ça, ils font des petits.


Quand on tolère des propos haineux dans notre entourage, on participe au mouvement global néfaste. Le cancer pogne, la gangrène s'en mêle. Cette semaine, je veux te dire que je t'aime (encore une fois, c'est très important pour moi que tu le saches). Dans ma maison (et au Nelligan's), il n'y a que des humains, avec leurs forces et leurs faiblesses. Pas de race (la seule race existante selon moi est la race humaine, aussi laide et belle qu'elle puisse être à la fois). On est là pour échanger, pour se soutenir, pour argumenter, pour s'enrichir. On est là pour s'aimer et se faire grandir.


Un trou de cul, ça n'a pas de couleur, pas de religion, pas d'âge, pas de profession.


Tu vas me trouver intense de dire ça, mais je suis soulagée que ça soit un blanc qui ait tiré (je ne suis pas du tout contente que quelqu'un ait tiré, cependant). C'est hard je sais, surtout que je viens de dire que les mots sont une arme redoutable. Ce que je veux dire, c'est que je suis dévastée qu'il y ait eu un attentat dans ma ville, mais contrairement à bien des gens, je ne suis pas étonnée. Des propos haineux, on en entend beaucoup, il faut y mettre fin. Cette fois-ci, le terrible attentat a mis à jour un fait indéniable : Y'en a des trous de culs blancs (et québécois). Enlève tes oeillères, c'est pas ta peau qui détermine qui tu es, c'est ce qui se cache au plus profond de ton coeur.


Paix, amour, partage, tolérance.




P.-S. Ton café, il vient d'où ce matin?




© 2016 Manon Choquette, alias la serveuse du Nelligan's