Microclimat

Je te dis souvent que j'adore mon travail et après tout ce temps, tu connais déjà quelques raisons de mon affection pour celui-ci. Aujourd'hui je vais t'en révéler une autre. Je sais qu'on est pas le seul bar à connaître ça, mais au Nelligan's, il y a un microclimat. Là je veux pas dire qu'il fait plus chaud qu'ailleurs (même que l'hiver par moment c'est un peu frette sur l'open avant que je crinque le chauffage dans le tapis ou que la chaleur humaine fasse sa job dans notre vieille bâtisse), on est loin du Club Med en hiver, mais au Nell il y a une clique d'humains formidables qui s'entraident au quotidien.


Les services me sont rendus à l'interne très fréquemment, parfois même sans que je demande, ou même sans que je m'en rende compte. Nos clients se sentent un peu chez eux, j'imagine, et doivent avoir envie de mettre l'épaule à la roue pour que la shop roule sur le sens du monde. Les fumeurs vident le cendrier extérieur quand il est plein, m'aident avec les bacs de poubelles les jours où il faut les mettre au chemin (un merci tout spécial à Élex, t'es vraiment un ami super) et il est très fréquent que j'envoie les bouteilles vides se faire domper à la récupération lorsqu'un client (que je connais, évidemment) est sur son départ.




Je trouve très important de remercier les gens qui participent aux tâches avec moi, mais je constate bien souvent que le treat n'est pas la motivation première derrière le geste. Quand j'offre une récompense, on me dit souvent "Si t'en prends pas avec moi j'en veux pas" ou ben "J'ai pas fait ça pour ça, mais merci!". Récemment, j'ai fait forcer deux amis comme des damnés dans la chambre froide pour remettre un peu d'ordre après une grosse livraison (tu peux t'imaginer que même si j'suis très entêtée, je n'arrive pas à soulever toute seule les gros barils de 50 litres pour les superposer les uns sur les autres dans mon frigo) et même si c'était pas évident, ils ont fait ça sans chialer ni rien attendre en retour (merci les boys!).


Il arrive aussi quelques fois qu'en plein rush, je peine à trouver le temps de descendre au sous-sol pour aller chercher la nourriture à servir à mes clients (si tu savais pas, depuis que la cuisine est fermée on sert quand même de la bouffe à nos clients, mais on la range en partie dans le backstore et ça fait loin à aller chercher quand ça roule full pinne). Chaque fois, je dois trouver une personne de confiance à qui prêter mes clés pour effectuer l'ingrate commission.




Quand c'est l'anniversaire de quelqu'un, il n'est pas rare que tous se cotisent pour offrir un cadeau de groupe ou pour faire un party monumental. D'ailleurs, j'écris présentement sur l'ordinateur qui a été partiellement payé par mes adorés amis-ou-clients-ou-les-deux. Au delà des excès alcoolisés, notre beau bar a vu naître des amitiés sincères. Les soupers entre amis et les sorties diverses ne sont pas rares. D'ailleurs, l'été dernier, une délégation arborant fièrement le logo du Nelligan's est partie en vacance en Gaspésie. Reprezent, yo. On a de quoi être bien fiers.




Mon patron se plaît à dire que "Seul on va plus vite, mais ensemble on va plus loin" et je trouve que cette phrase prend tout son sens au Nelligan's.


Mes amis (ça fait un bail que je n'utilise plus le mot client quand je pense à vous), vous êtes ce que j'ai de plus cher. Peu importe ce dont j'ai besoin, je peux toujours compter sur vous. J'ai concentré mes mots sur le côté bar aujourd'hui, mais vous agrémentez encore bien plus ma vie privée. Lorsque je prends congé, il n'est pas rare que je reçoive des textos bienveillants me demandant la raison de mon absence avec une pointe d'inquiétude. Je vous trouve beaux et je ne peux pas m'imaginer sans vous (et j'imagine encore moins mon beau bar). Que ça soit pour transporter l'un de nous de l'autre côté de l'océan, pour participer aux corvées, pour déménager ou simplement pour se changer les idées, vous faites chaque fois preuve d'une grande générosité et d'un altruisme hors du commun.


On dit parfois qu'on a ce qu'on mérite, et chaque fois qu'on me dit ça je me questionne sur ce que j'ai bien pu faire d'aussi grandiose pour tomber sur une gang aussi belle que la vôtre, sans trop trouver de réponse.




À tous les anciens, à ceux qu'on voit encore ou ceux qu'on voit moins, aux nouveaux qui s'ajoutent au fil du temps ou qui ne sont que de passage, au staff avec qui je partage le gouvernail, au patrons qui nous aiment comme leurs propres enfants, aux lecteurs qui m'envoient leurs bons mots par courriel... Je vous aime. Sincèrement, simplement, entièrement.


Merci pour les fous rires, les douces folies, les excès de bonheur, les distractions, le partage, la compagnie, les rencontres. Avec tout l'amour que des mots peuvent transporter, sentez-vous bien salués. Que ce dimanche en soit un magnifique.


P.-S. Oui c'est quétaine, ça fait une semaine que j'suis en Abitibi pis j'mennuie de vous autres ça a pas de bon sens. C'est pas parce qu'on est séparés que vous n'êtes pas dans mes pensées!

© 2016 Manon Choquette, alias la serveuse du Nelligan's