Légumes racines.

Je t'en ai parlé souvent, je viens de la région de l'Abitibi. Quand je suis partie pour m'installer en ville, j'ai rencontré un paquet de nouvelles personnes et j'ai remarqué qu'il m'arrivait très souvent de bien m'entendre avec le monde qu'on dit "de région". C'est comme des aimants, je finis toujours par aller me coller sur eux-autres, j'les trouve sympathiques pis règle générale, on s'entend super bien. Cette semaine, j'ai décidé de faire un petit hommage à mon coin de pays en t'énumérant des caractéristiques que les Abitibiens (et les autres gens de région) ont en commun.

Quand tu viens de l'Abitte, ...

T'es sympathique. Je sais pas si c'est le fait que t'as grandi dans un fond de rang tu seul comme un épais qui te pousse à aimer l'monde de même, mais t'aimes vraiment ça rencontrer des humains. T'es facile d'approche, les nouvelles expériences t'allument pis le dicton "les amis de mes amis sont mes amis" te va à ravir quand t'es invité dans un party.

Tu tiens bien l'alcool. C'est peut-être parce que t'as commencé un peu de bonne heure à te pratiquer ou ben juste parce que c'était l'attraction principale de ton village, mais ça t'arrives souvent de coucher tes amis citadins.

T'as des amis que tu vois juste une fois par année mais que tu considères comme tes BFF. Vos vies ont pris des tournants différents, mais chaque fois que vous vous retrouvez ensemble, c'est comme si vous vous étiez vus hier. Les années ont beau filer, y'a rien qui va vous séparer (salut les potes, j'vous aime).

Tu trouves que Québec-Montréal c'est une toute petite balade en voiture. Tu faisais une heure d'autobus matin et soir pour te rendre à l'école chaque jour de la semaine (même si ça peut te sembler exagéré, c'était mon cas, sérieux), aller faire l'épicerie avec ta mère représentait une sortie de quelques heures pis pour toi le parc c'est pas tant la place où tu vas te balancer ou jouer dans les modules, mais plutôt un passage obligé, risqué et plate à l'os que tu dois inévitablement franchir pour visiter ta famille. Quand t'entends l'monde dire que c'est long aller à Montréal t'as juste envie de rire.

Les bouchons de circulation te font capoter. D'où tu viens, si tu fais une heure de char, t'as fait en moyenne 100 km. Ça te fait grincer des dents de te ramasser pogné dans le trafic pis de perdre ton temps. T'évites de circuler en voiture sur les heures de pointe, pis tu time tes déplacements en conséquence. T'aimes mieux marcher, pédaler ou prendre le bus que de subir les bouchons.

Tu te débrouilles avec pas grand chose. Justement, parce que tout était un peu trop loin de chez toi, t'as appris à trouver des substituts pour les produits qu'il te manque ou alors t'es ben à l'aise avec le fait de juste t'en passer. Y'a pas grand chose qui te dérange, tant que t'as un toit sur la tête pis de quoi te nourrir, t'es bien.

Tu vires fou quand t'entres dans un centre d'achat. C'est juste ben trop immense, t'as de la misère à comprendre comment le monde font pour avoir du fun là-dedans, ça te rend simili agressif. Toi t'attends d'avoir vraiiiiiment besoin de vêtements pour te présenter au centre commercial, pis quand tu y vas tu donnes une go monumentale pour pas avoir besoin d'y retourner avant un bout.

Tu fais 158456423 kilomètres de char dans le temps des fêtes. Au-delà du fait que c'est pas la porte d'à côté chez vous, une fois rendu faut que tu fasses les 4 coins du pays pour voir tout le monde. T'es le genre à faire un changement d'huile avant de partir pis une dizaine de jours plus tard, au retour, t'es encore dû. Avec tout le fric que tu mets dans ton réservoir, tu pourrais aller dans le sud une bonne semaine. Même si t'adore ta famille, quand tu reviens de là t'es complètement exténué et ça te prendrait des vacances pour te remettre de tes vacances.

T'as eu le moton quand t'as appris que M. Pageau était décédé. Peut-être que ça te dis rien pantoute de nom, mais j'suis sûre que tu le connaissais. Tsé, c'est le monsieur du film Il parle avec les loups, qui était sorti au début des années 2000. Le refuge pour animaux qu'il a fondé est clairement la plus belle "attraction" de la ville d'Amos. Faut dire que c'est pas mal plus dynamique que d'aller visiter la cathédrale (a.k.a le toton d'Amos), pis qui a pas taaaaaant d'autres affaires marquantes dans ce coin-là (sorré).

La moitié de ta famille travaille soit dans le bois ou soit dans une mine. C'est à peine exagéré, j'te dis.

À chaque année, tu refais la même randonnée. Celle du pont suspendu au Parc d'Aiguebelle. Tu la connais par coeur, tu pourrais presque la faire les yeux fermés, mais tu y vas quand même chaque année juste parce que tu trouves ça vraiment beau. C'est pas qui a pas d'autres beaux spots, c'est juste que c'est un rituel qui te plaît. Ça amorce bien la saison douce, pis ça boucle la boucle à l'automne jusqu'à l'année suivante.

T'as déjà vu ton thermomètre accoté dans le taper. Sans joke, janvier c'est effrayant pour les moins soixante degrés. Des fois y fait tellement frette que l'aiguille peut juste pu descendre assez bas pour donner la vraie température. Autre observation? Moins quarante en ville, c'est plus frette que moins soixante en région.

Encore une fois, j'aurais pu écrire des tas d'autres choses, mais il faut savoir s'arrêter. Peut-être ferais-je une suite une autre fois, mais en attendant j'espère que ça t'a plu!

© 2016 Manon Choquette, alias la serveuse du Nelligan's