J'ai eu 5 ans pour la 26e fois.



Cette semaine j'ai célébré mon anniversaire. Pour souligner l'occasion, j'ai décidé de partager avec toi des souvenirs cocasses de mon enfance. Maintenant adulte (ou du moins, le plus adulte que je puisse être), il m'arrive souvent de rire toute seule en pensant à tous ces moments qui meublent mon repère tranquille intérieur. Malgré le rythme effréné de nos vies d'adultes responsables *tousse*, on a tous des petites histoires magiques qui nous gardent le coeur jeune juste d'y repenser.




Quand j'étais enfant, ma mère faisait toujours une crèche sous le sapin de Noël. Je sais que c'est le cas dans bien des familles, c'est pas une chose si surprenante. Dans bien des foyers, le berceau demeure vide jusqu'au 25 décembre et ensuite l'enfant Jésus y est ajouté pour représenter la "naissance" du Christ. Chez nous, ma mère se bâdrait pas vraiment avec ça. Elle faisait la crèche au complet et ajoutait le petit Jésus direct en partant pis moi j'avais une drôle de fixation avec cette figurine en particulier. Vois-tu, j'avais remarqué que le berceau dans lequel on plaçait le bébé était fait en plâtre (et donc pas mal rigide) et j'étais convaincue que c'était pas du tout confortable. Avec mon cerveau d'enfant, chaque fois que je passais devant la crèche je me disais que ça avait pas d'allure de laisser un bébé dormir dans un lit en plâtre, faque je prenais le petit Jésus et je le déposais délicatement sur une branche, un peu plus haut. Quand ma mère passait dans le salon et constatait que le berceau était vide (genre trois fois par jour minimum, haha), elle sondait son sapin à la recherche de l'enfant perché sur une branche, pour ensuite le remettre dans son ti-lit de plâtre. Dans ma tête, Jésus y'aimait ben mieux ça crécher sur un lit d'épines, c'est drôle.




Enfant, j'ai passé de nombreuses fins de semaines chez mes grands-parents. J'adorais ça. J'y ai d'ailleurs appris un tas de choses qui me servent encore aujourd'hui. Pour m'occuper, ma grand-mère me faisait enfiler son moulin à coudre, tisser, tricoter et rien ne me rendait plus heureuse que de participer à la création de ses nombreuses et magnifiques courtes-pointes (j'en ai d'ailleurs quelques-unes à la maison que je conserve précieusement et qui sont des objets d'une valeur inestimable à mes yeux). Quand le temps le permettait, il arrivait à grand-maman de me sortir sur le gazon pour passer de longs moments à examiner les trouvailles du terrain. Elle m'apportait des petits contenants que je m'affairais à remplir de cocottes de cèdres pendant des heures. Elle avait trouvé un truc parfait pour m'occuper, je passais de très longs moments à faire aller mes petits doigts à travers les branches pour remplir mes pots. Pendant que je faisais ça, je suppose qu'elle avait un peu "la paix" et je me dis que c'était vraiment très wise de sa part. Le trouble commençait quand je rentrais ma récolte à l'intérieur. Je passais les heures suivantes à faire des gibelottes avant de les laisser traîner sur le bord de la fenêtre dans la cuisine le reste de mon séjour. Y'avait pas grand chose qui dérangeait ma grand-mère, mais j'excellais dans l'art d'embêter mon grand-père. C'est bête à dire, mais quand je repense à toutes les fois où j'ai vu grand-papa pogner les nerfs après les pots qui moisissaient doucement en se transformant en sauce puante et brune (si précieuse à mes yeux), je ris toute seule. Juste là, en ce moment, je ris.




Je sais pas si je t'en ai déjà parlé, mais j'ai grandi sur une fermette. Sans que ça soit la grosse affaire, on avait des poules, des canards, des cochons pis un petit veau auquel je m'attachais un peu plus que les autres. Les bestiaux étaient engraissés tout l'été durant et tués à l'automne pour nourrir toute la famille jusqu'à l'été suivant. Je passais beaucoup de temps à nourrir ti-veau ou ben ti-boeuf (on manquait un peu d'originalité parce qu'à chaque année c'était toujours le même nom, haha) avec du foin frais en passant mes bras à travers la clôture de son enclos. Ça va te sembler atroce comme souvenir, mais un jour mon père a décidé qu'il me montrait comment se passait l'abattage de notre bétail. Ça fait que pif-paf-pow, mon beau ti-veau était mort, ses deux pattes arrières suspendues après le boul du tracteur, le plus naturellement du monde. Comme c'était loin d'être terminé, v'la tu pas que mon père s'affaire à lui découper les entrailles, des couilles jusqu'à la tête, en laissant une immense marre de sang se répandre dans la terre craquelée juste en dessous. À partir de ce jour-là, j'ai regardé ma nourriture d'un tout autre oeil. Premièrement, j'avais pu trop envie de manger le boeuf que ma mère me servait, pis deuxièmement, je n'ai plus jamais gaspillé les si-précieuses protéines fournies par mes petits amis de la ferme. Je mange encore de la viande aujourd'hui, ça m'a pas fait virer vegan pantoute, sauf que je voue un respect très grand au morceau d'animal qu'il m'est donné de consommer.




Autre histoire de ferme un peu gore coeurs sensibles, s'abstenir, sérieux. Chaque année, généralement en octobre, on zigouillait tous les poulets en une seule journée. Certaines années, on en avait près de deux cent, laisse-moi te dire que ça en faisait des têtes coupées. Mes parents invitaient leurs amis à participer à la corvée pour rendre la chose un peu plus humainement réalisable. Pendant que les adultes effectuaient leurs tâches respectives à la chaîne (tenir les pattes, couper, tremper, éplucher, vider pis emballer) j'adorais jouer dehors avec mon cousin. Moi et Léon, on a toujours eu une connexion particulière. C'était limite fusionnel, on pouvait passer l'année entière sans se voir, mais dès qu'on se retrouvait ensemble, on se lâchait pu. Je sais pas trop ce qui nous a poussé à faire ça, mais une année on avait ramassé une batch de gésiers de poule (tsé, y'a pas plus beau jouet que des abats pour passer le temps, haha) et on les avait fait griller sur le feu, sous l'immense baril qui servait à tremper les volailles avant de les déplumer. L'odeur était vraiment douce, je me souviens que ça sentait bon comme des boulettes de hamburger (je sais, j'suis dégueulasse). On avait même rebaptisé la chose avec le succulent nom de drigodons (fouille-moé quelle bulle nous a passé) pis dans notre grand génie, on avait décidé de partager notre supplice culinaire avec les autres poules qui attendaient d'être abattues dans l'enclos. Ça fait qu'on faisait cuire la patante, pis ensuite on allait la servir aux autres plumeaux. En me repassant le film dans ma tête, je pogne comme un buzz en pensant que j'ai forcé ces pauvres bêtes à manger leurs consoeurs. Si tu te demandais ça date de quand ma weirditude, ben dis-toi que c'est pas d'hier, haha.




Je change un peu de registre pour te raconter quelque chose de pas mal moins dégueu. Je t'ai déjà dit dans une ancienne publication que j'adorais mes frères et que j'étais le genre de petite soeur vraiment fatigante qui voulait toujours être collée sur eux autres. J'avais environ cinq ans et mon plus vieux frère voulait regarder un film dans sa chambre avec un (ou des, mon souvenir est flou) ami. En tant que petite soeur gossante, je l'ai supplié de me laisser regarder le film avec lui. Il a finalement cédé, en m'imposant les restrictions suivantes. Je n'avais pas le droit de m'asseoir sur le lit avec eux, je devais rester assise par terre dans le coin de la chambre. Je n'avais pas le droit non plus de bouger, si j'avais envie et que je devais me lever, je n'avais pas le droit de revenir et finalement, je ne devais faire aucun son. Ma mère avait acquiescé sans trop être au courant des conditions, elle trouvait ça smatte que mon frère veuille enfin intégrer sa soeur. Quand je me suis assise par terre dans le coin de la chambre et que les lumières se sont éteintes, je me suis sentie comme la fille la plus chanceuse de tout l'univers. Je m'apprêtais à regarder un film avec les grands, pour la première fois. Ce que mon frère ne m'avait pas dit, c'est qu'il avait loué L'opéra de la terreur. Ça fait que moi, cinq ans, assise dans le noir dans le coin de sa chambre, j'ai regardé le film d'horreur au complet, sans bouger ni faire un son. Tu peux imaginer que ça m'a un peu traumatisé. Ce qui me fait vraiment rire en y repensant, c'est le feeling que j'avais. Même si je tremblais dans mes tites-shorts, je me sentais vraiment comme la petite soeur la plus chanceuse du monde. C'est vrai que tout est relatif. J'en ris encore, j'aurais vraiment voulu voir ma face.





Autre fait étrange. Étant jeune, j'avais une peur inexplicable du garde-robe de l'entrée. Je pense que ça me venait d'un cauchemar (que je devais avoir fait après m'être tapé le film avec mon frère, haha). J'étais convaincue qu'il y avait une porte au fond qui menait droit aux enfers. Quand on jouait à la cachette, je ne voulais jamais aller m'y cacher, jusqu'à ce que ma mère finisse par se tanner et décide de vider le garde-robe pour me montrer qu'il n'y avait qu'un mur bien ordinaire au fond, rien de plus. Parlant de cachette... J'imagine que c'est assez commun comme drôlerie enfantine, mais quand je jouais à la cachette avec mes frères, je leur disais toujours "okay, tu peux commencer à compter je vais aller me cacher dans l'armoire de la cuisine avec les chaudrons". J'étais vraiment très habile à ce jeu, j'ai toujours été une fille très stratégique.




Je te raconte tout ça aujourd'hui parce qu'avec les années qui passent, je me rends de plus en plus compte de combien j'ai été chanceuse et de combien la vie me gâte encore aujourd'hui. Ce petit récit est en quelque sorte une ode à mon enfance délicieusement farfelue, même si tout ça ne t'apparaît peut-être pas aussi réjouissant que pour moi. Dans mes journées de pluie, c'est le genre de chose que j'aime bien me raconter et qui me remet un sourire dans la face à coup sûr. L'enfant en moi n'est jamais bien loin et j'en ai trop besoin pour le laisser filer, faque t'es mieux de te faire à l'idée, je vais rester folle toute ma vie.




© 2016 Manon Choquette, alias la serveuse du Nelligan's