Ma belle capitale

En tant qu'abitibienne, je suis très fière de mes racines. Quand j'ai quitté ma région pour m'établir à Québec il y a 8 ans, j'étais à la fois excitée et inquiète. Je me demandais de quoi aurait l'air ma nouvelle vie, moi qui n'était pas habituée à la grand'ville. Pour te dire à quel point j'étais newbie, je n'avais même jamais conduis sur l'autoroute auparavant. C'était audacieux de ma part, mais j'ai rempli un U-Haul et je suis partie avec le camion de ma tante en direction de la capitale pour m'y installer dans un sublime un et demi au coin de Langelier. Je n'étais pas seule dans l'aventure, un ami m'accompagnait dans mon délire (merci Sébastien!) et quand je repense à tout ça, ça me fait sourire.


(source : Wikimedia)


J'me revois encore avec le camion loadé raide, effrayée par le trafic et encore plus par la possibilité de perdre mon chemin. Mon ami lui, il se souvient aussi d'autre chose... Je t'ai déjà parlé de ma jungle à la maison? C'est pas un secret pour personne, j'adore les plantes. J'en ai d'ailleurs beaucoup (trop). À chaque arrêt qu'on faisait, j'ouvrais le trailer pour vérifier que mes bébés étaient bien sagement debout dans leurs pots (tout d'un coup que l'idée leur serait venue d'aller prendre une marche sans moi, tsé). Ça a ouvert la porte à de belles plaisanteries amicales qui sont restées dans les annales. C'est d'ailleurs une histoire qu'on aime bien se raconter quand on se revoit et c'est toujours agrémenté de rires sincères.



J'ai beaucoup apprécié mes premiers mois dans ma nouvelle ville. Je ne connaissais presque personne. C'était pratique pour aller faire l'épicerie pas coiffée, habillée en mou avec le nez gras. Cet anonymat m'a permis de découvrir un paquet de nouveaux endroits et de me familiariser avec mon quartier. J'ai découvert des gens magnifiques, des endroits fabuleux et petit à petit, je me suis finalement sentie chez nous.


C'est fou de repenser à tout ça parce que maintenant, c'est pas mal différent. Pas qu'en connaissant mieux Québec j'ai commencé à moins l'aimer, mais simplement que maintenant, il m'est impossible de sortir de chez moi sans croiser quelqu'un que je connais. C'est d'ailleurs la plus belle richesse de ma vie d'adulte, tous ces beaux humains qui en font partie.



C'est sûr que ma personnalité y est pour quelque chose, mais je connais beaucoup de monde sur ma rue et je sais que je peux compter sur un voisin pour m'aider en cas de besoin. La dame d'en face me salue chaque fois qu'elle passe et parfois les gens s'arrêtent pour venir jaser quand ils me voient dehors. C'est vrai que c'est comme un gros village, mon gros village. Je peux même profiter du chat du voisin pour faire un peu de zoothérapie sans avoir à me taper la litière ou les autres engagements qui viennent avec. C'est pas peu dire, même les chats du quartier sont mes amis.


Les gens comparent souvent la capitale avec la métropole. Chaque fois que j'aborde le sujet j'ai l'impression de marcher sur des oeufs. Sans entrer dans le débat de quelle place est mieux que l'autre, je suis forcée d'admettre que c'est vrai que c'est pas mal différent. Entre-autre, à Québec la langue française domine. Chaque fois que je vais à Montréal je suis étonnée de me faire répondre en anglais au premier abord. Je sais bien que le mélange des cultures est un peu plus discret à Québec (et je ne suis pas en train de dire que c'est bien, ou mauvais, c'est juste un constat) mais la langue de prédilection demeure quand même le français.



Autre observation? À Québec, le trafic et les embouteillages sont beaucoup moins fréquents. Bon c'est vrai que l'heure de pointe sur l'autoroute ou au centre-ville, c'est quelque chose dans toutes les villes. Seulement, j'ai l'impression que quand c'est concentré sur les heures de "travailleurs" uniquement c'est plus endurable. Chaque fois que je vais à Montréal, je me dis "Tiens, je vais jouer safe, je vais arriver tard pour éviter les embouteillages". Chaque fois, la réalité me ramène assez vite sur terre. Peu importe l'heure, je pense que ça m'est jamais arrivé de ne PAS rester pognée dans un bouchon sur une quelconque artère. Ça me fait capoter de penser qu'il y a des gens qui vivent ça chaque jour et je les trouve bon de rester zen avec l'idée de franchir 500 mètres en une demi-heure alors qu'ils auraient pu parcourir une trentaine de kilomètres en temps normal. Je peux pas me rentrer dans la tête que ça fasse partie du quotidien d'un paquet de gens et qu'ils vivent bien avec ça. Mais bon, faut dire que je ne suis pas une référence en terme de rues engorgées, je viens d'un village de 500 habitants.



Il y a une chose que j'envie beaucoup aux montréalais et c'est le Métro. Super pratique, rapide, peu dispendieux, efficace. C'est relativement simple de s'y retrouver même pour les débutants comme moi, bref c'est plus qu'enviable et je vois bien pourquoi c'est l'objet de convoitise encore aujourd'hui. On a beau avoir un réseau d'autobus de plus en plus élaboré, quand c'est l'hiver c'est vraiment chiant d'attendre son transport sur un coin de rue venteux, même dans un abribus. Quand les rues dégèlent c'est encore pire, c'est la douche froide assurée au passage des automobiles au coin des plus grandes rues. Il faut pratiquement partir au travail en apportant deux sets de vêtements pour la journée, juste pour être sûr de pas se faire prendre au dépourvu.



En parlant de rue, quand je suis arrivée à Québec, j'ai été touchée par l'itinérance. En fait, j'ai toujours été touchée par la misère humaine et c'est pas d'hier que le sort des humains autour de moi influence mes choix. Dans la capitale, on dirait qu'il y a moins de quêteux. Pas qu'il n'y en a pas, mais j'ai juste l'impression étrange qu'il y en a moins. Peut-être avons-nous plus de ressources mises en place (je dis vraiment n'importe quoi, c'est sûr que non...) ou alors c'est simplement que les mendiants préfèrent tenter leur chance ailleurs, mais je me fais beaucoup moins achaler à Québec qu'à Montréal. Peut-être aussi que c'est simplement moi qui devrait apprendre à fréquenter des endroits plus propres quand je sors de chez nous, haha.



J'espère que tu ne m'en veux pas de m'aventurer sur un terrain aussi glissant que les différences entre les deux plus grosses villes du Québec. C'est juste que je reviens d'un séjour à l'extérieur pour le travail et il y a quelques affaires qui m'ont semblé évidentes. Tsé ben, fallait que je les partage avec toi, j'suis d'même.


À la semaine prochaine !





© 2016 Manon Choquette, alias la serveuse du Nelligan's