Le retour du balancier

Si tu me suis chaque dimanche, t'es déjà au courant que j'ai varloppé pas mal de "clients" récemment en faisant des listes des personnages les plus classiques. J'en profite pour te préciser que ce n'était pas vraiment des individus réels, mais plutôt un ramassi d'observations variées et placées ensemble pour faire un tout plus conséquent. Cette semaine, pour rétablir l'équilibre, c'est au tour des barmans de se faire pointer du doigt. Même concept que ce que j'ai fait dans mes deux derniers billets, j'ai listé les plus gros stéréotypes du serveur désagréable et je partage ça avec toi. Encore une fois, c'est une compilation "humoristique" et je ne vise personne (à toi de te questionner si tu penses le contraire). Le chapeau te fait pas? Ben personne te l'enfonce sur la tête de force. Tu dois ben commencer à savoir que j'me prends pas trop au sérieux...


1. L'anti-verre-d'eau. T'as tellement soif que tu craches du sable pis ta langue est aussi sèche qu'une truite sur l'asphalte. T'es pu capable de boire ta bière parce que tu rêves de te caler le plus monstrueux verre d'eau de l'univers? C'est humain comme besoin, l'eau c'est la vie après tout pis personne peut t'en vouloir d'avoir soif. Le problème c'est plus quand tu demandes un verre d'eau à ton serveur et qu'il s'exécute en roulant les yeux et en soupirant. Ça te fait feeler cheap de le déranger avec ça, alors tu t'excuses mais tu devrais pas. Qu'on se le dise, tout le monde devrait avoir le droit de se commander un verre d'eau, en tout temps et gratuitement (évidemment, si tu consommes rien d'autre c'est discutable, mais on est au Québec ici, c'est pas l'eau qui manque).




2. La grande soif. T'arrives pour te commander une bière pis en voyant l'état du serveur tu te demandes si c'est pas plutôt un client qui s'est immiscé derrière le bar. Y'é clairement trop chaud pour la ligue, il peut à peine prendre ta commande et il titube en se rendant aux pompes. C'est pas chic chic. Bon, faut se dire que ça peut arriver à tout le monde de l'échapper, mais faut surtout garder en tête qu'en travaillant c'est vraiment pas le best. Une fois n'est pas coutume, certes, mais c'est pas la chose la plus professionnelle à faire. Faudrait apprendre à respecter ses clients et son métier un peu plus que ça.




3. La grande paresse. C'est mort au bar, quand t'es entré t'as même croisé la boule de racine qui sifflotait la toune du film The Good, the Bad and the Ugly en passant à côté de toi. C'est désert, mais malgré ça, c'est le bordel total. Y'a des verres vides qui traînent un peu partout, ça fait deux fois que tu changes de table parce que la tienne était toute collante pis t'aimes mieux pas penser à l'affaire mouillée sur laquelle t'as failli t'asseoir en tirant ta chaise. Toi tu vois tout ça, mais ça a pourtant pas l'air de déranger ton serveur. Lui y'é ben peinard pis y se pogne la quiche à deux mains. J'te dis ça d'même, mais ça se pourrait que t'aies besoin de te lever pour aller commander au bar directement si t'as pas l'éternité devant toi.


4. Parler pour parler. Tu veux commander, mais y'a personne derrière le bar. Tu scrutes la salle, pis la seule chose que tu vois c'est des clients. T'attends encore un peu pis tu commences à te décourager quand soudainement tu vois le serveur se lever au fond là-bas. Le tabarouette, y'était assis avec ses chums pis y jasait au lieu de faire sa job. Le pire? Y continue à jaser encore un peu avant de finalement daigner se diriger vers toi. T'as beau être compréhensif, c'est ordinaire un peu.




5. Le gros fond. Y te restait d'la bière, mais ton serveur est parti avec ton verre quand même. Pis là évidemment, quand t'as vu qu'il avait mis son gros doigt dedans, ça te tentait pu trop d'y demander de te le redonner pour pouvoir le finir. Ça nous est tous déjà arrivé, c'est pas la fin du monde, mais c'est frustrant. C'est pas comme si c'était compliqué de demander si c'est terminé ou pas.


6. Le bullshitteux. T'as envie de découvrir des nouvelles choses alors tu demandes à ton serveur de te parler de ce qu'il a comme produit. Tu pensais que tu connaissais pas grand chose, mais tu te rends compte au fil des explications que finalement, t'en connais pas mal plus que lui. C'est quoi, il pensait que t'allais pas t'en rendre compte qu'il te disait n'importe quoi? C'est insultant pour ton intelligence.


7. Le showoff. Lui, y se prend pas pour d'la marde, non monsieur! Le torse bombé il s'affaire à préparer un cocktail avec beaucoup trop d'attitude (tsé c'est compliqué à faire un gin-to *tousse*). Fais-toi en pas quand il te regarde avec son air hautain, tu vas comprendre dans pas trop long qu'il sait pas c'est quoi un negroni.




8. La tête folle. À la vitesse à laquelle il bouge derrière le bar, tu te demandes comment ça se fait qu'il n'est pas encore entré en collision avec ses collègues. Les autres sont à leurs affaires, ils préparent des commandes mais lui, y panique on dirait. Ça fait trois fois que tu le vois revenir à l'écran de son ordinateur et pitonner comme un hacker sans toutefois pouvoir trouver la tâche sur laquelle il s'applique. T'auras probablement pas la chance de comprendre non plus, parce même lui il le sait pas.


9. La gestion du stress. Quand t'es entré y'avait des clients un peu, mais pas plus que ça. Ton serveur était sympathique, il a même pris le temps de faire quelques niaiseries en te servant ta bière. Là par exemple, le bar se rempli pis son sourire s'estompe pour laisser place à un gros air bête. Y'a pu de courtoisie, les "s'il vous plaît" et les "merci" sont disparus et ont été remplacés par du bourrassage. Le stress, c'est vrai que c'est difficile à gérer, mais ça fait quand même partie de la game. Une chose est sûre, c'est pas au client de payer pour ça. Le bar est plein? Good! Ton serveur devrait être heureux parce qu'anyways, la seule chose qu'il peut contrôler c'est sa gestion des priorités et son attitude, le reste c'est hors de son emprise.



10. L'over toute. Y'é vraiment too much. Soit qu'il est beaucoup trop en feu pis y pette ta balloune en te touchant pis en parlant trop fort, soit y'é tellement bête que tu te sens presque mal d'être là. Y'a sûrement un milieu agréable quelque part entre les deux, mais lui y'é pas au courant.


11. La vente sous pression. Ton troisième verre est vide, t'es en train de te demander si tu en prends un autre ou si tu rentres chez toi. Ton serveur a vu ça et il essaie de te pousser à consommer autre chose, comme si sa propre vie en dépendait. Quand c'est fait dans les règles de l'art, ça peut être très appréciable comme qualité. Par contre, quand c'est fait à l'extrême, c'est vraiment fatiguant. T'as pas à te sentir mal de prendre une petite pause pour réfléchir, au contraire, c'est très responsable de ta part.


12. L'obstineux. Tu lui as commandé une blonde, mais finalement il t'a servi une noire. Tu lui expliques gentiment que c'est une blonde que tu voulais, mais il insiste pour dire que c'est pas ça que t'as commandé. Dans ta tête c'est clair, t'aimes pas ça la noire, t'en commandes jamais faque ça laisse très peu de place au doute. Sens-toi pas obligé de prendre ce qu'il t'a apporté si t'aimes pas ça (même si c'est ben smatte), c'est son erreur, pas la tienne.




13. DJ poche. La musique est soit trop forte ou trop basse, les styles musicaux sont complètement hétéroclites, pis des fois la toune est même pas finie que BANG, y'en a une autre qui commence. Okay, un serveur c'est pas nécessairement un master du son, mais quand même... (À titre indicatif, je suis vraiment le pire DJ du Nell, j'ai des goûts très discutables et je suis vraiment pourrie pour faire des transitions discrètes, ce barman-là, c'est vraiment moi, haha.)


14. L'anti-drunk. Tu le sais qu'un barman, ça doit arrêter de servir le monde qui s'enivrent un peu trop. Tu comprends pourquoi, c'est très logique. Par exemple, ce que tu comprends pas, c'est que ton serveur se fâche après les clients qui sont un peu chaudailles. Tsé, c'est pas arrivé tout seul cette ivresse-là, faudrait pas qu'il s'étonne qu'à force de servir de l'alcool aux gens, ça les intoxique. Y'a clairement une façon plus diplomate d'intervenir au lieu de sauter un plomb, faut laisser l'monde vivre.




15. La clé dans porte. Y'a commencé son chiffre à reculons pis la soirée était même pas à moitié faite qu'il parlait déjà de fermer la shop. C'est écrit sur la porte que ça ferme à 3h, tu comprends que le last call se fasse entendre autour de 2h30, mais là y'é à peine deux heures pis il chiale parce que tu veux une autre bière. Come on.


16. La langue sale. Y travaille jamais en équipe pis tu l'entends toujours parler de ses collègues négativement. Y'a de quoi à raconter sur tout le monde, pis y se gêne pas pour le faire. C'est poche. En tant que client, t'as vraiment pas envie d'avoir connaissance des conflits du staff, c'est pas agréable et c'est surtout pas de tes affaires. Ça se fait pas, bon.




17. Le turtle-neck. T'aimes ben ça quand y'a un beau petit collet en mousse bien bombé qui trône au sommet de ta bière. C'est joli quand ça sort à peine du verre, pis t'es pas fâché si jamais y'a une petite coulisse qui descend tranquillement sur le bord, ça fait presque comme dans les pubs à la télé. Par exemple, le collet qui prend le tiers de ta pinte, c'est un peu trop. J'sais ben qui commence à faire froid dehors, mais on est pas obligé de mettre des cols-roulés partout pour autant. Tu payes pour 20 oz. de bière, t'aimerais ben ça pas payer pour de la mousse pis c'est tout à fait legit.




Je profite de la conclusion pour remercier les gens qui m'ont inspiré. Merci Jean-Phillippe d'avoir questionné mes valeurs et ma morale, c'est toujours un plaisir d'échanger respectueusement et c'est très enrichissant. J'avais déjà pensé à faire le billet d'aujourd'hui avant, mais d'avoir jasé avec toi m'a fait comprendre que ça ne devait plus attendre. Un merci très chaleureux également à tous ceux qui ont partagé leurs idées avec moi, tout spécialement monsieur L, tu te reconnaîtras même dans l'anonymat. Merci de me lire, merci, merci, merci!

© 2016 Manon Choquette, alias la serveuse du Nelligan's