Le client toxique

Vivre en société, c'est un beau défi. Tu l'sais, j'suis une fille patiente et la tolérance est pour moi une valeur très importante. En travaillant dans un bar, je croise toutes sortes d'énergumènes et même si je trouve l'humain magnifique dans l'ensemble, je pense quand même que certaines personnes auraient parfois besoin d'un high five, dans face, avec une pelle. Pour mon texte d'aujourd'hui, j'ai décidé de faire un top ten des clients qui sont difficiles à endurer (j'aime ça les top ten, bon). Je sais que tu vas rire, parce que toi, t'es pas d'même. Allons-y...


1. L'ami du boss. Well, good for you. Sais-tu quoi? Moi aussi, pis entre toé pis moé, ça change rien fuck all à la manière dont je vais te servir. Je m'applique autant pour tout le monde, pis t'auras pas de traitement spécial même si tu me dis que tu connais mon patron. T'aurais beau être le pape en personne, t'attendrais ton tour quand même avant d'être servi. Voilà, c'est dit.




2. Le négociateur. Je sais pas trop où t'es sorti avant, mais les prix au Nelligan's sont non-négociables. On est pas au marché, on est dans un bar. Plus tu t'obstines, moins je vais avoir envie de te gâter. Je sais pas trop si ça a déjà marché ailleurs ton affaire, mais moi quand j'te dis que la pinte est 6$, c'est parce qu'elle est 6$, that's it. T'aurais beau argumenter pendant une heure, mon prix changera pas, faque garde tes efforts pour ton prochain voyage à l'étranger, pis épargne moi.


3. Le gratteux. Ben oui, c'est sûr, dans un bar l'alcool est plus cher que chez toi. En faisant le move de sortir, t'aurais dû savoir que ça coûterait des sous. J'comprends ça au boute que des fois tu sois un peu serré dans tes finances, mais c'est pas une raison pour me faire payer en coupant mon pourboire. Juste pour ton information, les gens quand y sont cassés, ben y coupent dans les dépenses non-nécessaires. On s'entend tu pour dire que la bière au bar, c'est pas mal la première affaire que tu devrais penser à éliminer? Si t'as pas les moyens de sortir, sors donc pas.




4. Le chialeux. Y fait trop chaud, y'a trop d'monde, la musique est trop forte, la bière est pas bonne, le service est so so, y fait trop noir, les plafonds sont trop hauts, ton voisin de droite sent le swing pis l'papier de toilette est trop rugueux. La cerise sur le sundae c'est qu'après m'avoir dit tout ça, tu te demandes pourquoi la serveuse a l'air bête? Fais-moi plaisir, reviens pu jamais okay?


5. Le taponneux. Ça fait trois fois que je vais te voir, mais tu sais pas encore c'que tu veux. Ça, c'est vraiment pas un problème, on est pas pressés. Mais quand y faut que j'reste à côté pendant que tu choisis, pis que tu veux pas que je m'éloigne de toi, j'trouve que t'abuses du concept. Tu veux que je te propose quelque chose, fine, je peux faire. Par exemple, je resterai pas plantée à côté de toi pour te regarder lire le menu. T'es pas tout seul ici, tsé. Surprends toi pas non plus si j'ai servi d'autre monde avant toi, life goes on, j'étais pas pour faire attendre tout le monde juste parce que toi tu savais pas c'que tu voulais, franchement.


6. La diarrhée verbale. La yeule t'arrête pas. Tu prends pas de break, jamais. J'me demande même si tu vas pas tomber sans connaissance à force de parler sans t'arrêter pour respirer entre deux phrases. Ce que je trouve le plus insultant, c'est que t'es pas foutu d'écouter les réponses aux questions que tu poses pis tu me coupes la parole parce que dans ta tête t'es déjà reparti sur autre chose. Des fois j'me dis que ça aiderait tout le monde si "j'échappais" des calmants dans ta pinte (okay, juste au cas où ça serait pas clair, j'ferais jamais ça j'te rassure, c'est de l'humour).




7. L'histoire sans fin (et sans punch). Écoute, je le sais que t'es pas méchant, mais tes histoires, sont plate à mourir. C'est peut-être à cause de ta voix de Charles Tisseyre, mais calvaire que c'est dull c'que tu dis. T'as pas besoin d'me raconter en détail comment t'as épluché tes patates hier soir, j'pense que j'suis assez wise pour figurer tout ça moi-même. Hey pis sérieux, ça t'es tu déjà arrivé que quelqu'un s'intéresse vraiment à ta technique de pliage de bas? En plus quand tu commences, ça fini pu, c'est rendu qui faut que je marche à reculons pour réussir à échapper au supplice (pis ben des fois tu continues à jaser même quand j'suis partie dans l'autre salle) pis rendu au milieu de ton histoire, j'ai déjà oublié c'était quoi le sujet tellement tu fais des détours pour rien.



8. Le connaisseur. Toi tu connais ça. Je l'ai tout de suite remarqué quand tu m'as demandé si j'avais d'la "vraie" bière. C'est bien connu, la Budweiser pis la Labatt Bleue, y'a que ça de vrai. Y'a rien d'autre qui clenche ça, pis anyways, ça te tuerais sûrement de goûter à autre chose. Faudrait quand même pas pousser ta luck trop loin, déjà que t'as fait l'effort de sortir de chez vous, faudrait pas que tu te risques à essayer quelque chose que tu connais pas, c'est bien trop risqué, tsé. L'ouverture d'esprit c'est pas ta force, laisse ça aux autres.


9. Le show-off. En entrant tu fais ben du bruit, tu t'assures que tout le monde te voit, tu commandes ben fort le "meilleur whisky" pour toi pis tes chums, pis tu te le bois d'un trait comme un gros cabochon. Tu veux vraiment qu'on sache que t'as du fric, faque tu brandis ta carte de crédit en or-massif-sertie-de-diamants dans les airs pour être ben certain que tout le monde la voit, pis tu me laisses 2$ de tip sur une facture de 75$. Veux-tu rire de moi?



10. Le roi. Je sais pas ce que tu t'es imaginé, mais même si t'as floabé 300$ au bar hier soir, ça veut pas dire que la place t'appartient. Faque pour faire ça short, non, t'auras pas le droit d'aller derrière le bar pour te couler ta propre pinte pis non, t'auras pas le droit d'aller changer la tune qui passe pour mettre autre chose. T'auras pas non plus le droit de te mettre en bédaine pis de te promener nu pieds ou je sais pas trop quelle autre folie qui te passe par la tête sur le moment. J'espère sincèrement que t'as trouvé ça l'fun hier, mais aujourd'hui est un autre jour pis t'as pas acquis une hiérarchie supérieure juste parce que tu t'es lâché lousse. Que ça soit clair.


Voilà, j'ai fini de chialer. J'espère vraiment que tu as aimé me lire, parce que moi entoucas, ça m'a fait du bien en fou de vider mon sac. C'est avec le coeur léger que je te souhaite une autre magnifique semaine, à dimanche prochain!

© 2016 Manon Choquette, alias la serveuse du Nelligan's