Ce n'est plus un secret.

Ça fait un bout que je t'écris chaque dimanche, que je te parle de tout et de rien, des gens qui passent, des choses qui m'arrivent, de ce que je pense, pis de plein d'autres affaires. Pour faire changement de mes récits de bar, cette semaine je t'offre une partie de ma vie privée en cadeau. J'ai décidé de te présenter un top ten des choses que tu ne sais pas sur moi, pour qu'on se sente encore un peu plus proche l'un de l'autre (pis j'ai essayé d'en choisir des drôles). 1, 2, 3, Go!




1. Il m'arrive souvent de dormir avec une couverture dans la face. C'est étrange, je sais, pis même si tu penses que c'est suffoquant, moi ça m'aide à me détendre et à relaxer. Quand je vais dormir chez des amis, c'est toujours l'étonnement quand ils me pognent endormie comme ça. Si j'analyse un peu, j'imagine que ça me vient de l'enfance. J'étais un bébé facile, aux dires de ma mère (va savoir si c'est vrai, ou ben si c'est juste parce que c'est une sainte!). Ça l'air qu'elle avait juste à me poser quelque part et à me donner un coin de couverte avec une étiquette pour que je passe out. Je la prenais avec mes longs doigts (j'ai vraiment de longs doigts, c'est surprenant) et je la déroulais quelques fois en la tenant très près de mon visage avant de sombrer dans un profond coma. Encore aujourd'hui, j'ai l'impression que le contact du tissus me réconforte, c'est un peu comme si ça me bloquait du reste du monde et que je pouvais finalement aller rejoindre Morphée, l'esprit tranquille.


2. J'adore marcher pieds nus. Y'a du monde qui disent que la maison, c'est l'endroit où tu peux enfin enlever tes pantalons, ben moi je trouve que c'est la place où tu peux enfin enlever tes bas. Faut dire que je fais une pas pire fixation sur mon plancher, qui est exempt de miettes en tout temps. Mon appartement peut être en total désordre (okay, pas trop souvent) mais c'est sûr qu'il n'y aura rien qui va traîner par terre. J'adore la sensation du bois propre qui colle sous mes pieds. Quand je suis pieds nus, j'ai l'impression d'être connectée directement avec la terre, avec le monde, avec mon environnement, pis ça me fait un bien intérieur inexplicable.



3. J'adore la moutarde. J'en mettrais partout. J'aime toutes les sortes, même la moutarde cheap (tsé, celle qu'on appelle baseball). J'ai déjà fait une indigestion parce que j'avais mangé un demi-pot de moutarde à l'ancienne avec mes croissants. C'est fou parce que quand j'étais enfant, je n'aimais pas ça. Maintenant, c'est tout le contraire... Y'a toujours un backup de moutarde chez nous, et c'est clairement le condiment que j'utilise le plus. Tu vas me trouver dégueue, mais y'a rien de mieux qu'une bonne langue dans le vinaigre badigeonnée d'une généreuse quantité de moutarde. J'en mets même sur mes toasts des fois, c'est pas peu dire (oui, t'as le droit de me juger sur ce coup là, j'le sais que c'est weird). Une autre affaire que j'adore, c'est la viande crue. C'est pas mêlant, tout y passe (sauf le poulet, j'ai pas envie d'inviter capitaine salmonelle à souper, haha), les fruits de mer, les poissons, les viandes rouges, si j'ai l'occasion de mettre la main sur des morceaux assez frais pour que je puisse les manger sans cuisson, c'est le plaisir assuré.




4. Cette année pour mes 30 ans, j'ai fait quelque chose de spécial. J'ai arrêté de me maquiller. Depuis l'adolescence, je n'étais jamais allée travailler sans maquillage. Je sais, c'est terrible. Je n'avais jamais fait confiance au reflet naturel de mon visage, je me trouvais toujours trop cernée, je trouvais que mes yeux étaient trop petits, que mon teint n'était pas égal, et plein d'autres choses qui, je m'en rends compte maintenant, n'étaient présentes que dans ma tête à moi (personne ou presque ne s'est rendu compte que j'avais cessé de le faire, et ceux qui ont remarqué m'ont complimenté). J'ai appris à faire confiance à mon image réelle et je me sens libérée du poids que je m'imposais moi-même depuis trop longtemps. Quand je repense au temps que j'ai perdu dans la salle de bain à m'inquiéter du reflet que je voyais dans le miroir, sans comprendre que c'était mes yeux qui étaient déformants, je me sens soulagée. Un merci tout spécial à ma meilleure amie, qui sans le savoir a initié le processus en se présentant chez moi par une journée molle, alors que je n'étais pas maquillée et qui m'avait complimenté sur mon apparence. Sans le savoir, elle venait de me donner la confiance nécessaire à mon acceptation et c'était un méchant beau cadeau.




5. Le vendredi, je suis lesbienne. Bon ça sonne étrange comme ça, surtout avec les récents événements à Orlando et le coming out de queer de Pirate, mais c'est parce que chaque vendredi, je sors avec l'amie dont je te parlais dans le précédent paragraphe. Je ne me souviens plus exactement comment c'est arrivé la première fois, mais un soir, alors qu'on était toutes les deux au bar, un gars insistant a tenté de nous faire la cour. Comme les réponses abrégées et le manque d'intérêt évident n'ont pas eu d'effet, sans en discuter, on a simplement dit au gars que c'était bien flatteur, mais qu'on ne jouait pas dans sa ligue. Depuis ce temps, on se fait une date entre "blondes" chaque vendredi. Ça mystifie toujours les gens de nous voir aller, bras dessus bras dessous, en ricanant comme deux folles. Notre relation est clairement la plus saine et la plus durable qu'il m'est arrivé d'avoir, et je me sens comblée de pouvoir compter sur notre amitié pour multiplier les plaisirs et diviser les peines. T'es une femme en or ma blonde, mon amie, ma renarde :)


6. Des fois je m’appelle Maude. Je sais pas pourquoi, mais ça l'air que j'ai une face de Maude. Les gens qui me rencontrent pour la première fois et qui oublient ensuite mon prénom vont penser que je m’appelle Maude, neuf fois sur dix. C'est tellement facile, que des fois, quand j'ai moins envie qu'on se souvienne de moi, je me présente avec ce nom-là. C'est devenu plus difficile récemment de passer incognito parce que souvent, les gens me reconnaissent et savent que je suis La Serveuse du Nelligan's, mais fut un temps où je me plaisais beaucoup à me présenter ainsi. Je sais bien qu'en te confiant cette tranche de vie, je brûle un peu mon truc, mais c'est pas grave, j'avais le goût de t'en parler quand même.




7. Mon appartement est une jungle. J'ai beaucoup trop de plantes, mais je n'arrive pas à m'en départir. Certaines datent de mon premier appartement et au fil des ans se sont ajoutées d'autres pots qui ont eux aussi profité, si bien que mon logement compte désormais près de trente plantes qui prennent beaucoup de place (et demandent beaucoup de soin). C'est pas compliqué, y'en a partout. Je n'ai pourtant aucune difficulté à me départir de mes autres biens matériels, si bien que quand tu viens chez moi, tu peux voir tout ce que je possède. Y'a pas de hangar caché, de boîtes inutiles ou d'objets que je n'utilise pas. Je possède peu de choses et mon logement est à mon image, rempli de vie et de lumière.


8. Je suis une éternelle indécise. Je passe un temps fou à me questionner et à peser le pour et le contre avant de prendre une décision finale (même lorsque la situation est banale). Ça fait de moi une personne peu bavarde lorsque je suis troublée et contrairement à l'image publique que j'ai, j'apprécie beaucoup les moments de silence. C'est peut-être parce que je passe ma semaine dans un bar à jaser et à écouter de la musique forte qu'une fois chez moi j'apprécie plutôt le calme et la solitude. J'suis un peu plate quand je suis en congé, je passe mon temps habillée en mou et je ne sors pas beaucoup. J'imagine que c'est une affaire d'équilibre, j'ai besoin de me retrouver seule avec moi-même parfois pour faire le point sur ma vie et demeurer zen. C'est probablement pour ça aussi que j'aime beaucoup le camping. Dès que l'occasion se présente, je file dormir au fond des bois pour calmer le vacarme de la ville.




9. J'ai une passion pour les tueurs en série. Je dois avoir regardé plus de deux cent documentaires sur le sujet et je me souviens des noms, du nombre de victimes et des circonstances de chaque crime tordu. Ça me fascine vraiment beaucoup, parce que c'est quelque chose qui me dépasse complètement. Je n'arrive pas à comprendre la violence du geste absolu qu'est celui de prendre une vie. C'est quelque chose dont je ne parle pas beaucoup parce que ça fait peur aux gens (tranche de vie, mon chum m'a déjà demandé si ça m'avait traversé l'esprit de m'en prendre à lui et ça m'a fait éclater de rire, je pense qu'il avait peur de dormir dans mon lit et de ne jamais se réveiller, pauvre Domino). C'est vrai que c'est un drôle de passe-temps, mais rassure-toi, je suis plutôt du genre peace and love. Je suis quasi-incapable de me fâcher, même quand je devrais le faire. Ça met bien des gens en rogne, c'est difficile à endurer quelqu'un qui demeure calme et posé même quand la marde est pognée, mais j'suis d'même.





10. J'aime bien donner des surnoms aux gens. Même ceux qui ont déjà des petits noms courts, je trouve le moyen de leur inventer des surnoms. Le plus drôle là-dedans, c'est que ça leur reste. J'ai rebaptisé plus de la moitié de mes amis, sans même m'en rendre compte. À force de les appeler par leurs surnoms, les gens autour ont eux aussi commencé à utiliser les petits sobriquets que j'avais pondus, si bien que maintenant, quand quelqu'un utilise un vrai prénom, les gens demandent "C'est qui ça?". Mon chum n'est d'ailleurs pas épargné, c'est clairement lui que j'ai rebaptisé le plus souvent. Mon copain s’appelle Dominick. Je ne sais pas comment c'est arrivé, mais dans les deux dernières années, son surnom est passé par Douminick, Douminisse, Daaaminick, Doministre, Doumi, pis récemment, je suis partie sur Domino. Qui sait quel sera son prochain surnom. Ce qu'il faut en comprendre, c'est que quand je te rebaptise, c'est parce que je t'aime beaucoup et ton surnom est un peu comme un petit mot d'amour. C'est pour ça que dans mes amis proches, il y a Couteau, Méthilde, Chlarles, Élex, Ma blonde, Valéraille, Michou, et beaucoup d'autres personnes fabuleuses aux surnoms étranges qui rendent mon quotidien merveilleux.





© 2016 Manon Choquette, alias la serveuse du Nelligan's