Un gars, une fille.

Ceux qui me connaissent savent déjà que j'aime me comporter comme une lady. J'ai beau exercer un métier anciennement réservé aux hommes, parler comme un truck à mes heures pis boire du whisky comme de l'eau, je me fais toujours un devoir de demeurer classy. Pour moi c'est clair, la seule beauté qui ne s'estompe jamais est l'élégance. D'ailleurs, quand la soirée prend une tournure un peu trop intense à mon goût, je disparais sans rien dire, ninja style. Mes amis me connaissent comme ça, quand j'en ai plein mon cass, je m'éclipse en douce. Ça m'évite les éternelles supplications du genre "Ahhh reste donc encore un peu là, on a du fun!" ou ben "T'es poche de partir si tôt" (on a tous des amis comme ça qui nous aiment beaucoup et ont toujours un peu de mal à nous voir partir). Une chose est sûre, tu ne me verras jamais tomber en bas de mon banc ou faire une folle de moi parce que j'ai trop bu (faut jamais dire jamais, mais ça, c'est une promesse à moi de moi). Je sais bien que le ridicule ne tue pas, mais c'est pas comme ça que j'ai envie qu'on se souvienne de moi le lendemain. C'est peut-être un peu prétentieux, mais j'aime bien me retirer dans la gloire, pendant que j'ai encore à peu près tous mes sens et ma dignité. C'est d'même, pis même si tu me traites de tapette quand je décide de m'en aller, ça m'empêchera pas de le faire pareille.



Je pense que je suis comme ça parce que j'en ai trop vu faire des conneries qu'ils regrettent amèrement le lendemain matin (ou le lendemain après-midi, tout dépendant de l'heure à laquelle ils sortent de leur coma). Même si cette affirmation peut sembler sexiste, j'ai remarqué certaines particularités des gens ivres qui sont propres à leur sexe respectif. C'est probablement une affaire d'éducation, c'est parfois malheureux de transmettre certains stéréotypes à nos enfants avec la manière dont on les élève, mais y'a des différences générales entre les hommes et les femmes qui consomment de l'alcool. Un gars qui boit beaucoup, c'est cool, c'est tough, c'est limite valorisé. Je sais que ça tend à changer, mais règle générale, une femme qui boit c'est mal vu, c'est vulgaire, c'est déplacé. C'est tabou, encore aujourd'hui. Je suis pas en train de dire que je suis d'accord avec ça, ni que mes observations s'appliquent à tout le monde, mais je constate que c'est de même. Pourtant, je connais beaucoup de femmes qui encaissent aussi bien (et même mieux, parfois) que les hommes. Je sais très bien que c'est pas une compétition, mais c'est un constat.


L'observation la plus classique, c'est que pour une raison bien obscure, les filles alcoolisées vont aller à la toilette en gang. Je sais pas pourquoi c'est comme ça, mais j'ai rarement vu un gars dire à son pote d'à côté "Hey dude, j'men va pisser viens-tu avec moé?". C'est clairement plus une affaire de fille d'aller à la toilette entre copines, surtout dans les endroits où il y a des line up pour atteindre la cuvette. Peut-être que c'est parce que les hommes vont faire ça dans des urinoirs qui sont moins "fermés" que les toilettes pour femmes, qu'ils sont moins enclins à une petite jasette-de-pipi. Peut-être aussi que c'est juste parce que les hommes n'aiment pas discuter quand ils ont leur "équipement" en main, va savoir. Les filles vont profiter du moment pour faire une petite mise à jour au sujet de la soirée en cours et elles vont se checker dans le miroir pour être sûres qu'elles sont bien mises en attendant que la meute ait terminé sa job. Personnellement, je suis mal à l'aise avec cette pratique. C'est toujours un peu weird de jaser pendant que t'entends du pipi qui coule (pis on s'entend que pour le numéro 2, c'est juste NON!). J'fais peut-être ma neuve, mais ça me turn off. Je sais bien que tout le monde fait ses besoins, mais si tu veux qu'on jase en allant aux toilettes, on va faire ça quand j'aurai fini.



J'ai également remarqué une tendance aux pratiques sexuelles avec le même sexe chez un nombre plus élevé de femmes. Pas nécessairement que ces femmes sont lesbiennes, mais il arrive souvent que je vois deux copines se frencher pendant les soirées bien arrosées. Encore là, c'est une généralisation, mais j'ai rarement vu deux hommes hétéros s'embrasser une fois ben chauds. Les gars vont plus se dire qu'ils s'aiment (bromance) et se faire une accolade chaleureuse. Ça aussi, je pense, c'est un reflet de notre société qui trouve ça (et c'est un peu débile) sexy deux femmes qui s'embrassent, mais pas deux hommes. Les hommes qui ont une fixation sur les lesbiennes, ça me fait un peu rigoler. Tsé boy, techniquement, c'est perdu d'avance pour toi (je généralise, oui). C'est de là que vient la technique (typiquement féminine) du french entre femmes hétéros pour s'attirer l'envie des hommes autour. Des fois j'trouve ça un peu show off comme pratique, quoi que personnellement, ça me passe dix pieds par-dessus la tête tant que c'est fait dans le respect et avec l'accord des personnes impliquées.



Y'a aussi plus de femmes qui pleurent quand elles sont ivres. J'ai vu plus d'hommes avec "le vin heureux" que de femmes. Par contre, les hommes ont quant à eux plus tendance à devenir agressifs quand ils abusent de l'alcool. Les inhibitions tombées, j'imagine que les sentiments refoulés refont surface et sortent pas toujours d'une manière élégante. Dans un cas comme dans l'autre, je suis consciente que ce que je dis peut être appliqué aux deux sexes, mais de manière très générale, les larmes sont féminines et les poings sont masculins (capote pas, je sais très bien que y'a des hommes qui pleurent, pis des filles qui veulent se battre, mais c'est juste mes observations personnelles). Autre affaire aussi, les gars saouls vont comme s'entraîner entre eux pour boire plus de bière, pis même des fois ils s'encouragent à caler, comme si c'était impressionnant. Les filles qui ont envie de caler, elles, vont se commander des plateaux de shooters plutôt. D'un côté comme de l'autre, ce genre d'emportement peut mener à des débordements (pas juste comportementaux, mais aussi physiques), il faut donc faire attention à l'effet d'entraînement et apprendre à dire non, même quand on a de la pression de nos pairs. Pour l'échapper, ça par exemple, y'a pas un genre qui l'emporte sur l'autre. J'vois autant de gars chauds que de filles saoules. Si la modération a bien meilleur goût, tout le monde semble s'entendre pour dire que l'abus a un bien meilleur effet, haha.



Généralement, les gens saouls, ça parle fort. Les gars vont lever le ton pour raconter leurs histoires, pis les filles vont rire encore plus fort que d'habitude. Fait étrange, plus le monde est chaud, plus ils parlent fort et plus ils se rapprochent pour se parler. Voir tout ce beau monde-là se parler super fort à deux pouces de la face, ça me fait rire. C'est toujours spécial d'entendre clairement les conversations jusqu'à l'autre côté du bar, mais que les deux personnes qui se parlent, elles, s'entendent à moitié pas. Si tu savais tout ce que je peux entendre sans même porter une attention particulière... Ah! La bwésson.


Une affaire qui m'énerve chez les deux partis, c'est quand la compétition s'installe avec le barman. Si tu savais pas, le Nelligan's, c'est le plus gros bar à whisky du Québec. Les hommes sont souvent convaincus que je connais pas bien ce que je vends et ils essaient parfois de me donner des leçons sur mon alcool fétiche (et des fois, c'est vraiment n'importe quoi). Je sais, j'ai d'l'air de rien d'même, mais le whisky, je connais ça, même si j'suis une fille. Bien que ce soit un alcool consommé majoritairement par des hommes encore aujourd'hui, l'élixir divin gagne de plus en plus en popularité chez les femmes. J'me souviens d'un gars une fois qui est arrivé au bar avec une fille qu'il tentait visiblement de séduire. Pour se mettre en valeur, il s'est mis à dire qu'il connaissait vraiment ça le scotch (en pointant mes bourbons), pis que telle ou telle bouteille était "pas bonne", pis que y'en avait bu pas mal, pis que blablabla... Je l'ai écouté sans rien dire et la fille, visiblement sceptique au sujet des informations que lui transmettait son homme, s'est adressée à moi pour connaître les différences entre les appellations. En lui expliquant grossièrement que le scotch, ça venait d'Écosse, que le whiskey venait d'Irlande, le rye du Canada et le bourbon des États-Unis (majoritairement du Kentucky) et que le mot "whisky" les englobait tous (et aussi tous les autres pays producteurs), la face du gars s'est allongée. C'est pourtant la base. J'ai eu bien du plaisir à faire découvrir à la fille différentes saveurs et on a jasé pas mal ensemble. Le gars avait l'air de m'en vouloir un peu d'avoir répondu comme je l'ai fait, au lieu de soutenir ses explications à lui. Je sais pas à quoi il s'attendait, mais clairement pas à ça. Il ne savait probablement pas que mes patrons investissent beaucoup de temps (et d'argent) dans la formation du staff. Ça serait un peu gênant d'être le plus gros whisky bar du Québec et d'avoir du personnel incompétent pour combler les amateurs qui nous visitent, faque on y met beaucoup de sérieux.


Pour poursuivre avec les breuvages, y'a beaucoup plus d'hommes que de femmes qui boivent de la stout. Même si certains hommes aussi sont dégoûtés par la couleur, y'a une quantité impressionnante de femmes qui ne boivent pas ce type de bière, simplement parce qu'elle est noire. Je me souviens d'une fille une fois, elle était au bar avec deux gars et lorsqu'ils ont voulu commander une tournée de Guinness, la fille a fait la grimace en disant que c'était trop fort, pis que ça faisait engraisser. En lui servant sa bière, je lui ai demandé si elle en avait déjà bu pour dire ça. Quand elle m'a répondu par la négative, je me suis permis de lui expliquer que même si la bière était noire, le goût était doux et velouté et que c'était ce que j'avais de plus light en terme de calories ET de pourcentage d'alcool (4%). Mon but c'était pas de la tourner au ridicule pantoute, mais simplement de faire tomber ses préjugés. Je sais qu'il y a encore pas mal de monde qui pensent comme ça, on dirait que la couleur fait peur et c'est clairement psychologique. Si t'as jamais essayé de boire une bonne pinte de Guiness, je te suggère de remédier à la situation. J'peux pas te jurer que tu vas aimer ça (les goûts, ça se discute pas), mais messemble que c'est un peu nono de pas y goûter juste parce que c'est noir. Ah pis, si tu veux boire la meilleure Guinness en ville, c'est chez nous qu'il faut que tu viennes la boire. On a même nos diplômes de l'ambassadeur qui certifient qu'on a suivi avec succès la formation officielle pour couler cette bière sacrée de la manière traditionnelle et optimale. On va te faire couler une pinte pareille comme en Irlande.



J'espère que tu as aimé mon texte d'aujourd'hui et que tu m'en veux pas trop d'avoir tenu des propos parfois sexistes (bien que j'ai fait attention de pas tomber dans le mauvais goût). N'oublie surtout pas que je suis bien au courant que ces généralités ne s'appliquent pas à tout le monde. J'trouvais juste ça divertissant d'écrire un texte pour comparer les saouls et les saoules, parce que j'en vois pas mal. C'était rien de méchant, c'était juste mon inspiration du moment. Peace out et si le chapeau te fait pas, t'es pas forcé de le mettre ;)


Bonne semaine!



© 2016 Manon Choquette, alias la serveuse du Nelligan's