28 jours dans le désert.

As-tu remarqué que pendant le mois de février, y'a plus de gens qui restent sobres? C'est clairement à cause du Défi 28 jours de la Fondation Jean Lapointe. C'est un beau défi qui roule depuis 2013, pendant lequel tu dois rester sobre tout le mois pour financer les campagnes de sensibilisation sur les risques de la consommation de drogue ou d'alcool auprès des adolescents. L'année dernière, un peu plus de 2000 personnes ont complété le défi avec succès. Pour ramasser des sous, tu fais un mois sans boire pis tes amis trouvent que tu fais tellement pitié qu'ils te donnent de l'argent. Blague à part, je trouve que c'est très cool de faire réfléchir les gens sur leur consommation et la place qu'elle prend dans leur vie, pis je voudrais pas que tu penses que parce que je vends de l'alcool pour vivre je peux pas comprendre le bon sens derrière ce défi-là.




Je me suis dit que le mois de février était quand même le mois idéal pour réaliser un tel défi, la période post temps des fêtes aidant (ton foie a autant besoin de vacances que ton portefeuille). Pis tsé, tant qu'à se "priver" d'alcool un mois, aussi ben que ce mois-là soit le plus court de l'année, c'est wise pareil. Là tu dois te demander si c'est parce que moi je fais le défi que je t'en parle de même, pis la réponse c'est non. Je ne l'ai jamais fait encore, et je n'envisage pas nécessairement de le faire non plus. Par contre, ça me touche beaucoup tu t'en doutes, pis ça a rien à voir avec l'achalandage au Nelligan's ou mon pourboire (pour boire, c'est quand même un beau jeu de mot), crois-moi.


Ça me touche parce que ça m'arrive de questionner l'éthique derrière mon travail, de me demander si je fais pas partie du problème en faisant en quelque sorte la promotion de la consommation d'alcool pour payer mon loyer. C'est sans prétention, mais je sais que si j'étais moins smatte, toi tu boirais moins pis c'est un peu culpabilisant des fois. Heureusement, c'est généralement suivi du constat que si j'étais moins l'fun, t'irais juste ailleurs qu'au Nelligan's pour boire ta bière, c'est toute. J'le sais que c'est pas à moi de gérer ta consommation d'alcool, mais ça me tracasse un peu pareil.




Dans la gang qui décide de se vouer sobriété, y'en a qui te cassent les oreilles parce qu'ils sont fiers, y'en a qui te décrivent l'épreuve comme une traversée du désert, y'en a qui vont s'être rendu compte que leur vie s'est embellie et qui ne boiront tout simplement plus pis y'en a qui vont passer un petit bout sua robine pas mal intense l'autre mois d'après, comme pour rattraper le temps perdu. Tout le monde gère sa sobriété d'une manière bien personnelle, pis les intentions sont toutes aussi différentes. Y'en a qui entreprennent la démarche pour leur finances, y'en a d'autres que c'est pour se sentir mieux dans leur corps ou même leur tête, pis y'en a qui le font pour un être cher qui rush avec sa consommation. Y'a plein de bonnes raisons, j'suis sûre que tu peux perdre un pari-de-gars-chaud pis te ramasser à faire une compétition d'abstinence avec tes chums juste parce que tu veux pas payer le bill de celui qui va tougher plus longtemps que les autres sans picoler. Y'a aussi ceux qui énarvent un peu plus, tsé ceux qui buvaient déjà pas au départ pis qui se sont inscrits quand même. On dirait que la victoire est moins hot dans ce temps-là, parce que moi j'trouve que ceux qui réussissent le défi, sont hot pour de vrai.

Ça nous est toute déjà arrivé de se réveiller turbo-hangover, c'est le genre d'affaire qui dure pas trop longtemps, pis d'habitude ça se règle après deux oeufs bacon. C'est généralement accompagné d'une période de pause (ou pas) pendant laquelle la seule vue d'une bouteille de téquila te fait feeler un peu croche. Je te disais plus tôt que j'avais pas nécessairement l'intention de participer au défi, même si je trouve que c'est un bel accomplissement. Je suis peut-être dans le déni total, mais au sujet de la consommation d'alcool, j'ai plutôt adopté une technique à l'année. Ça s'appelle l'équilibre. Je passe au minimum la moitié de ma semaine entièrement sobre. Faut dire que je suis chanceuse, je n'ai pas de problème à bien dealer avec ça, on dirait qu'au bout de quelques jours à être arrosé, mon corps me dit naturellement de prendre un break pis je l'écoute. Là surtout, vas pas penser que je sais pas que l'alcoolisme c'est une maladie, pis que c'est plus complexe que de pas arriver à se modérer... Pense pas non plus qu'avec mes jokes, je banalise l'importance du problème. J'le sais que c'est sérieux, pis c'est pour ça que je prends la peine de te féliciter pour tes efforts.


Faque à toi, qui as réussi le défi, peu importe ce que t'en auras conclus, BRAVO.



© 2016 Manon Choquette, alias la serveuse du Nelligan's