Potins, sacrés potins.

Tu vas peut-être me trouver coquine, mais il faut que je te parle de quelque chose qui me chicote. Je veux te dire que je le sais, je suis au courant, t'as plus besoin de jouer à l'innocent. Je le sais que quand t'as su que j'écrivais un blog pour le Nelligan's, tu partageais mon excitation, mais qu'en même temps au fond de toi, t'as eu une bébé-inquiétude. Tu t'es demandé si j'allais parler de toi. T'as peut-être même poussé ça plus loin pis tu t'es demandé ce que j'allais dire, si je décidais de le faire. Avoue, je te connais. Ça fait longtemps qu'on est amis, ou peut-être au fond que tu viens juste de me rencontrer, mais je t'ai bien sizé pareille. Les humains, c'est ma force.


Tout le monde aime ça les potins. C'est d'même, on est curieux pis faut se l'avouer. Je connais pas grand monde qui est pas intéressé par les petites histoires croustillantes de son entourage. Je pourrais profiter de ça pour être lue davantage, pour que le monde ait hâte au dimanche pour savoir ce que j'ai à raconter cette semaine, mais je le ferai pas. Enfin, peut-être que je vais le faire, un tout petit peu, vraiment juste un petit peu. Pis quand je te dis un peu, ce que ça veut dire pour moi c'est que je ne te mettrai jamais dans l'embarras en exposant le récit de ta dernière brosse au bar avec tout le monde. Tsé, je comprends ça que t'aies pas envie que les gens sachent que c'est toi qui a vomi sur la terrasse. Je respecte également le fait que t'aies pas envie que je dise que t'as frenché un inconnu, juste avant d'aller me pondre cette magnifique galette. Je le sais que ça arrive ces affaires-là, je le sais que c'est l'fun de sortir au Nelligan's, pis que des fois tu l'échappes un peu plus que ce que t'avais planifié. J'serai pas bitch, c'est une promesse... Pis de toute façon, j'sais rien qui pourrait t'incriminer, right?

Ce-pen-dant, les petites affaires drôles, tsé les affaires qui font rire ben ben fort (pas celles qui font rire de toi, tu saisis la nuance?), je peux pas te promettre de pas les raconter. Tu vas probablement en rire un bon coup en te rappelant l'anecdote pis te demander si tu veux tant que ça rester dans l'anonymat, parce que c'est vrai que c'était drôle. Je le sais que tu fais confiance à mon jugement pis à mes valeurs.


Tu m'aimes parce que je fais bien mon travail, pis si tu me connais, tu sais déjà que t'as pas besoin d'avoir peur. En tant que barmaid, je vois le monde dans tous leurs états. J'en vois qui vont bien, d'autres qui vont pas bien pantoute, pis j'en vois même qui savent plus trop comment ils vont quand minuit est passé. Un bon barman, c'est ça. Ça te prend comme t'es, ça te reçoit comme un vieux chum, ça étanche ta soif pis ça comprend ben plus d'affaires que tu penses. C'est cliché de dire qu'on est un peu des thérapeutes, mais c'est donc vrai. J'ai pas la prétention de dire que j'ai les compétences pour aider les cas lourds, pis je vais t'avouer que j'ai pas vraiment envie de le faire non plus, mais pareille comme ton psy, je me soumets au secret professionnel.


Ya pas de diplôme qui te montre comment être un bon humain, pis là je veux pas te faire brailler, mais je veux te dire que je t'aime. C'est sérieux là. J'aimerais donc ça que la prochaine fois que t'as les blues, que tu sais pas où te garrocher pis que tu tournes en rond dans ton appart, tu viennes me voir avant de faire une niaiserie. J'en ai déjà perdu trop au combat, je voudrais pas que tu t'en ailles toi aussi. D'habitude j'ai l'esprit aussi léger que les bulles dans ta pinte, ça va te faire du bien de venir me voir. T'as même le droit de venir t'asseoir sans me dire un mot si tu veux. Tu peux venir me raconter tes bons coups, tes folies, tes petites ou grosses victoires. On va jaser, on va rire, pis on va se dire qu'on est donc chanceux de s'avoir.




© 2016 Manon Choquette, alias la serveuse du Nelligan's